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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
La rivière Amstel, qui coupe Amsterdam en deux parlies, lui a donnéson nom (Amstcl-Dam, digne de l’Amstel ). La grande ville néerlandaise est bâtie sur une forêt de pilotis, enfoncés dans le limon et le sable à desprofondeurs de 10 à 16 métrés; les fondations dn palais de la Bourse n’enrenferment pas moins de 34 000. On a dit que la ville d’Amsterdam re-tournée présenterait le spectacle d’une grande forêt sans feuilles et sansbranches. Elle est sillonnée en tous sens par une infinité de canaux quicommuniquent entre eux et la divisent en 90 ilôts, découpés en rectangles;360 ponts rattachent les uns aux autres ces quartiers insulaires. Amster dam a la forme d'un hémicycle allongé, dont la base est le golfe; de cecùté, les écluses de Schellingwoude, inébranlable montagne de granit per-cée de porles immenses qui livrent ' s de front, la
une mer uemuc. i-.es
contre les retours offensifs
remparts qui
l'entourent, aujourd’hui transformés en promenades publiques, sont proté- !gés extérieurement par un large fossé de ceinture, le Singelgracht , dontles sinuosités correspondent aux saillies des bastions. A l'intérieur se suc-cèdent parallèlement, décrivant autour des quartiers du centre des lignessemi-circulaires, quatre autres larges canaux, longs de 3 kilom., bordés surleurs rives de quais plantes d'arbres et de maisons en briques rouges, d’unehauteur et d’un aspect uniformes. Les trois principaux sont : 1 QPrinzen-gracht ou canal des Princes, le Kcizersgraclit ou canal de l’Empereur, lelleercngracht ou canal des Seigneurs, et le Singel. Ils sont traversés dusud au nord par l'Amstel qui, sous le nom de Bokin et de Damrak ,déverse ses eaux dans le golfe de l’Y. Des écluses puissantes, fermées pen-dant les hautes marées, établissent un courant d’eau artificiel qui nettoie )
d* *0range, qui venait d'étre élu stathouder par les Etats généraux, fit ouvrir le9écluses et rompre les digues : toutes les campagnes furent noyées; mais les ar-mées de Louis XIV reculèrent devant l’inondation, et le sacrifice héroïque desHollandais les sauva.
1. La comparaison entre Amsterdam et Venise est presque devenue classique.Elle a été parfaitement mise en relief dans le beau livre de M. Henry Havard ,cité plus loin. 11 a fait voir avec bonheur combien étaient frappantes les analo-gies entre les deux villes : toutes deux situées au fond d’un golfe, à la base d'unepresqu’île, toutes deux enrichies et puissantes par le commerce maritime, ai-mant leur indépendance et pratiquant la liberté de conscience, faisant une largeplace aux érudits et aux savants, illustrées par leurs grandes écoles de peinture,poussées par les mêmes mobiles politiques, et conquérant une égale renommée- par la bravoure, l’audace et la science de leurs amiraux, la valeur de leurs« équipages, l’excellence de leurs flottes et le nombre de leurs navires, qui leur
» assuraient la suprématie des mers. Pour le vulgaire, qui n'approfondit pas,
* ajoute M. Havard, ce ne sont point ces analogies si piquantes qui pèsent dans» la balance : la forme extérieure frappe seule les imaginations communes. Les» deux villes sont bâties sur pilotis; l’une et l’autre sont percées de canaux sans» nombre; chacune es!> un composé d’ilots réunis par des centaines de ponts. Il« n en faut pas plus pour constituer une identité indéniable, et ce seul fait a» suffi pour qu’Amsterdam devint la Venise du Nord. » (Amsterdam et Venise ,P- 4.) — 11 manquera toujours à la ville de l'Amstel ce qui fait le principalcharme de Venezia la Bella : la douceur du climat, la pureté de l'air, la splen-deur du ciel, la beauté de la race, l’harmonie de la langue, et ce magnifiqueensemble de palais italiens et mauresques, qui attestent la grandeur passée dela reine découronnée de l’Adriatique .