302 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
« Aussi, comme ses forces débordent pendant ce court espacede temps ! Les glaces fondent, les eaux se précipitent et cou-vrent la terre. Le soleil, quittant à peine l’horizon, échauffe lamasse liquide, et de son sein s’élancent des myriades d’insectes,des forêts de roseaux, de saules et de hautes herbes. Toute lazone polaire devient en quelques jours un immense tapis deverdure. Les plantes croissent à vue d’œil, le gibier pullule, lavie bourdonne dans les airs. L’homme ne connaît presque plusle besoin de sommeil. Les animaux de labour, les bestiaux nerentrent plus à l’étable. La campagne est émaillée d’êtresvivants, animée comme le mail d’un village dans un jour de fête,
— jour de fête suivi d’un long jour de deuil. A la iln de sep-tembre, quelques morsures aiguës de la bise du nord viennentavertir les habitants des Laponies que la mort de la natureapproche. Les animaux se taisent. Les oiseaux s’enfuient à tire-d'aile ; l’ours lui-même s’ensevelit dans sa tanière. Puis tout àcoup la nuit s’étend sur son empire, le sommeil s’empare detous les êtres vivants, et les fleuves congelés jusqu’au fond deleur lit, suspendent leur cours. On n’entend plus le bruit descataractes. On ne tire plus des eaux les filets remplis par despêches miraculeuses. Les poissons réfugiés dans les creux desrivières, se dérobent sous une couche de 3 à 4 mètres de glace.Toute la région polaire devient un palais de cristal sous la ba-guette d’un enchanteur magique qui a tout frappé d’immo-bilité...
» Les Lapons suédois, divisés en Lapons des bois, Laponsdes fjelds et Lapons pêcheurs, forment une population d’environ70 000 âmes, répartie sur un territoire égal à la France . Lesderniers sont les moins aisés, mais aussi les moins nombreux.
On les trouve seulement au bord des fiords de la Norvège . Ceuxqui vivent sur les lacs de la Suède ne sont pas exclusivementpêcheurs et leur condition est meilleure. Viennent ensuite, parordre d’importance, les Lapons des bois. Leurs richesses con-sistent en troupeaux de rennes, errant avec eux dans les forêtspendant l’été. Chaque famille ou petite tribu jouit, moyennantune faible redevance à l’Etat, du droit de pacage dans unespace déterminé. En été, le renne vit d’herbe et de feuillage;en hiver, d’une espèce de mousse blanche qu’on nomme moussede renne. Quand la neige est épaisse, l’animal a peine à l’en-lever, bien que la nature l’ait doué d’une merveilleuse adressepour en opérer le déblayement. Mais ce qui est pis, c’est que la ,