Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
303
JPEG-Download
 

SUÈDE ET NORVÈGE . 303

fonte ait lieu avant le temps, puis que des retours d’hiver conver-tissent la neige ramollie en une couche de glace infrangible. Lespauvres bêtes affolées échappent alors à leurs maîtres et vontmourir au loin, en cherchant une nourriture introuvable. C’estlà une des plus grandes calamités du Lapon. Son unique res-source est de couper les arbres moussus, pour les mettre à portéede renne. Aussi voit-on partout en Laponie des troncs d’arbresgisant à terre. A l’approche de l’été, on conduit les troupeauxdans les pâturages élevés, pour les soustraire aux piqûres desmoustiques * *. Souvent les rennes de plusieurs familles pâturentlibrement ensemble. Cela simplifie le travail, et les Lapons quipassent pour si trompeurs à l’égard des autres peuples, sontentre eux tellement honnêtes, qu’aucune dispute ne s’élève aumoment de la séparation du troupeau.

» La vie du Lapon des bois n’est, en somme, point misérable.De place en place, il a élevé des huttes qui l’abritent temporai-rement. Ses rennes lui fournissent de la viande et des fromagesen abondance, La peau de renne lui fait un vêtement confor-table. Son plus grand luxe est le café : il n’est point de chau-mière où l’on n’en trouve de fort bon. Tous les peuples du Nordont une passion irrésistible, causée par la nature du climat,pour les boissons fortes. Les Lapons s’abrutissaient par les spi-ritueux ; le gouvernement en a sagement interdit la vente, etl’abus du café a remplacé l’ivrognerie...

» Les Lapons des fjelds ne sont pas aussi bien accommodésque ceux des forêts. Us errent en toutes saisons sur les mon-tagnes découvertes, exposés à l’inclémence du climat, et au lieude huttes, habitent des tentes en cuir, au centre desquelles onlaisse une ouverture pour donner passage à la fumée. Quand laneige est trop abondante, ils descendent sur les bords des lacs,et de là s’en vont en traîneaux, dans les villages, pour vendredes peaux de rennes, de la colle et des fromages. Ils arriventjusque dans les villes de la côte pour échanger ces denréescontre des objets de chasse et de pêche, des morceaux de drapde couleur, et surtout le précieux café qui fait leurs délices. C’est

1. « Nos chevaux enfoncent dans les tourbières noires jusqu’aux genoux et» quelquefois plus avant. Et dans ces tourbières nous rencontrons leur accom-

* pagnement inévitable : des moustiques, mais des moustiques en nombre ini-

* Paginable; c’est un nuage épais qui nous poursuit, qui s’acharne après nous

* avec rage, nous dévorant impitoyablement en gros et en détail’. » (A.. Kœchun-

* Schwartz. Un touriste en Laponie , p. 220.)

\S