338 LECTDRES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
on résulte déterminent sur toutes les pentes latérales des ava-lanches partielles qui grossissent la première.
» Celle-ci se précipite avec une rapidité croissante, une fureurtoujours plus terrible ; semblable à un immense torrent dontles flots s’élèveraient les uns sur les autres à une hauteureffrayante, elle atteint déjà la limite de la forêt, et, entraînantavec elle les cailloux et les buissons, elle y pénètre avec fracas.On ne voit plus qu’un tourbillon de poudre qu’accompagne legrondement du tonnerre, des nuages de neige dérobent la vuedu courant qui semble fumer de partout sur son passage ; lesarbres craquent, les rochers s’ébranlent, les cimes d’alentourrépercutent tout ce vacarme et en prolongent l’horreur ; encoreune dernière explosion sourde, inexprimable, puis un profondsilence! Une trombe d’air dévastatrice accompagne la marchetriomphante de l’avalanche. Vous en voyez la trace devant vous,longue de deux lieues, large de plusieurs centaines de pas, autravers des pâturages alpins, des bois, des prairies, jusqu’auruisseau du fond de la vallée; quelques petites chutes, quelquespelotes de neige continuent à rouler ; la forêt désolée plie encoresous lèvent de la destruction. Vue de la vallée, la catastropheest plus pittoresque, quoiqu’on la suive rarement alors depuisson origine. Ce torrent qui lance dans les airs ses tourbillons deblanche écume, qui s’étend et grandit avec une puissance gigan-tesque, qui se précipite en cascade du haut des parois de rochers,qui souvent se divise pour se réunir de nouveau ; cette merbrillante qui, grossie de cent affluents, bondit, déborde et, rapidecomme la flèche, inonde tout dans son passage; c’est une scèned’une grandeur qui ne peut se rendre.
» Les habitants des plaines se font rarement une juste idée dela puissance de la colonne d’air qui accompagne les avalanchesde poudre. Le courant suit l’avalanche, se jette par bouffées àdroite et à gauche, à plusieurs centaines de pas, poursuit sacourse avec violence par-dessus les masses de neige arrêtées etremonte le versant opposé de la montagne ou va se perdre dansl’étendue de la vallée, y ébranlant encore à une demi-lieue dedistance les portes et les fenêtres des habitations et y renversantles cheminées. Souvent on a vu sur les deux côtés de l’avalanchela trombe déraciner des arbres par centaines, des plus vieux etdes plus vigoureux de la forêt, précipiter dans l'abîme deshommes et des animaux, briser bien loin dans la vallée desnoyers, des pommiers, des sycomores de la plus grande dimen-