Douglas, Iladow et Iludson, partit de Zermatt par un temps superbe et unciel sans nuages, tandis qu'un ingénieur des mines italien, M. Giordano,avec les guides de Val-Tournanche, tentait l’ascension d’un autre côté.
Les voyageurs passèrent la nuit sous une tente dans la montagne etaucun incident ne troubla la première journée. Le 44, dès l’aube, par untemps splendide, ils se mirent en route et s’élevèrent non sans peine aunehauteur de 4 270 mètres.
» Nous étions arrivés alors à la base de cette partie du Cervin qui, vue du Riffelberg ou de Zermatt , paraît être absolument àpic et même surplomber la vallée ; il nous fut donc impossiblede continuer à monter par le versant oriental. Nous dûmes pen-dant quelque temps gravir, en suivant la neige, l’arête quidescend vers Zermatt ; puis, d’un commun accord, nous revînmesvers la droite, c’est-à-dire au versant septentrional de la mon-tagne. Nous avions alors opéré un changement dans l’ordre dela marche. Croz avait pris la tête de la colonne; je le suivais ;Hudson venait le troisième ; Hadow et le vieux Pierre formaientl’arrière-garde. A mesure que les difficultés augmentaient, lesplus grandes précautions devenaient nécessaires. En certainsendroits on trouvait à peine un point d’appui, il était donc pru-dent de placer en tète ceux qui avaient le pied le plus solide.L’inclinaison générale de ce versant n’atteignait pas quarantedegrés; la neige, en s’y accumulant, avait rempli les intersticesdes rochers : les rares fragments qui en perçaient cà et là lasurface étaient parfois recouverts d’une mince couche de glaceformée par la neige qui s’était fondue et qui avait gelé presqueaussitôt. Ce passage n’offrait aucun danger à un montagnardexercé. M. Hudson, comme dans tout le reste de l’ascension, n’yréclama nulle assistance. Plusieurs fois, Croz me tendit la mainpour m’aider à franchir un endroit difficile; me retournantalors, j’offris le même secours à M. Hudson ; mais il ne l’acceptajamais, disant que c’était inutile.
» Cette seule partie vraiment difficile de l’ascension n’avaitpas une grande étendue. Nous la traversâmes d’abord presquehorizontalement sur une longueur d’environ 120 mètres; nousmontâmes ensuite directement vers le sommet pendant près de20 mètres: puis nous dûmes revenir sur l’arête qui descendvers Zermatt . Un long et difficile détour qu’il nous fallut fairepour contourner une saillie de rocher nous ramena sur la neige.A partir de ce point, le dernier doute s’évanouit ! Encore 60 mè-tres d’une neige facile à gravir, et le Cervin était à nous!