encapuchonné, à la longue hache blanche, mais par un religieuxjeune, très jeune, de vingt àvingt-cinq ans. Il accueille les étran-gers, leur fait donner des chambres confortables, bien closes,lambrissées de bois, fermées de doubles fenêtres, où rien nerappelle la vie claustrale, où les murs sont ornés de tableaux,de paysages, de scènes champêtres, même de compositions dansle genre de Watteau et de Boucher. Il tient compagnie à table,au salon, fait visiter la chapelle, la bibliothèque, le cabinetd’antiquités, cause, répond à toutes les interrogations avec unecomplaisance infatigable. Cet usage du monde, cette réceptionaimable, où la religion ne s’impose pas, intéresse et enchante.C’est le signe, le symbole d’une tradition de tolérance quiremonte jusqu’à l’origine du monastère. Dans tous les temps,les religieux du Saint-Bernard ont donné même secours auxhommes sans interroger leur foi ; leur mission est toute de cha-rité active, et ils n’y ont jamais manqué. Au milieu des fureurs,des hérésies du moyen âge, au milieu des guerres de religion,placés entre la Suisse calviniste et l’Italie papale, ils ont traitéégalement les persécutés et les oppresseurs, les protestantscomme les catholiques. Tous les écrivains de la Réforme l’attes-tent. Cet hommage d’admiration émue que leur libérale hospi-talité arrachait à l’illustre de Saussure , nous le retrouvons audix-septième siècle sous la plume de Plantin, l’historien de laSuisse ; nous le retrouvons en 157), à la veille de la Saint-Barthélemy , sous la plume de Simler, le premier historien desAlpes .
» Il serait difficile d’imaginer un séjour plus abominable que leSaint-Bernard. A cette hauteur, 2 472 mètres, l’hiver dure neufmois. La température moyenne est celle qu’on trouve sur la côteméridionale du Spitzberg *. Il faut tout faire venir à dos demulet: vivres, fourrages, bois de chauffage... Non, vraiment, aulieu de dire ce que la nature a refusé à ce coin de terre, on aplutôt fait de chercher un objet de première nécessité qu’elle luiait accordé : l’eau, par exemple. En effet, il y a un lac. Maisce lac ne produit rien. On a fait des essais de pisciculture,on a tenté d’y acclimater des truites, de celles qui vivent dansles plus froids torrents : elles y sont mortes. On a été chercher
1. Lu température moyenne du Saint-Bernard est de 1°. Le thermomètre ymonte rarement au-dessus de 1(3® pendant les jours les plus chauds; on l’a vu des-cendre à — 29®. En hiver il tombe parfois jusqu’à 10 et 12 métros do neige.
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LANIER. — EUROPE.