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diverses attitudes au milieu d’une nature sauvage et grandiose,forment un délicieux tableau ; celui-ci broute l’herbe; celui-là,le corps dressé, s’appuie contre une sorte de mur pour saisir unebroussaille ; cet autre, monté sur la pointe aiguë d’une roche,les pieds rapprochés, le cou tendu, la tête haute, les yeux beauxcomme ceux des gazelles, tout grands, ouverts, regarde au loinet flaire le danger. Survient-il une cause d’inquiétude, la bandeentière fuit dans la même direction ; les anfractuosités, lesprécipices, les arêtes sont franchis en quelques bonds. Parfois cesgracieux ruminants marchent dans la neige, ou se promènent àla surface polie du glacier en avançant avec précaution, et c’estalors qu’ils sont le plus aisément frappés par les chasseurs. Enété, les chamois trouvent sans peine une nourriture variée et abon-dante, ils ont à leur portée des herbes de tous les genres et lesbuissons de rhododendrons et de genévriers, mais en hiver arrivela disette; obligés de chercher un refuge dans les parties boiséesils n’ont guère d’autre pâture que les mousses et les lichens 1 .
1. « Les chamois vivent en société par troupes de cinq, dix ou môme vingt indi-vidus. Ce sont des animaux alertes, gracieux, éminemment prudents et circons-pects. Chacun de leurs mouvements décèle une force musculaire prodigieuse,une souplesse, une aisance et une grâce extraordinaire... En plaine, ils ont unedémarche nonchalante et traînarde. Mais sont-ils inquiets, en un clin d’œil, ilssemblent changer de nature ; leurs muscles prennent la raideur et le ressort del'acier. Ils fuient comme le vent en bandes magnifiques par-dessus les crevassesdes rochers et des glaces. Il faut les avoir vus soi-même pour se faire une idéede leur prodigieuse rapidité, de leur étonnante élasticité, de l’inconcevablesûreté de leurs mouvements et de leurs bonds. Ils sautent d’un rocher à l’autrepar-dessus des fentes larges et profondes, ils se tiennent en équilibre sur desinégalités presque imperceptibles, ils s'élancent de là avec les pieds de derrièreet retombent sans jamais manquer leur but, sur une saillie grosse comme lepoing dont ils ont, d'un œil sûr, mesuré la distance... 11 est difficile de dire quel-que chose de précis et de certain sur la puissance du bond de ces magnifiquesanimaux. Il est cependant avéré qu’ils peuvent traverser sans difficulté des cre-vasses de seize à dix-huit pieds de largeur, qu'ils se hasardent à sauter de hauten bas à une profondeur de plus de vingt-quatre pieds et qu’ils franchissentd’un seul bond des murs de plus de quatorze pieds d’élévation, et retombent del’autre côté sur leurs quatre jambes. En Suisse , les vrais chasseurs de chamoisappartiennent à la classe la plus aisée; ce sont des gens rudes, éminemmentrobustes, faits à tous les temps, parfaitement initiés aux moindres détails desmassifs de leurs montagnes, des mœurs de leurs animaux, de la manière de leschasser. Le chasseur doit avoir une vue perçante, une tète à l'épreuve du ver-tige, un corps vigoureux, endurci à toutes les intempéries de la région desglaces, un courage plein de hardiesse, un sang-froid imperturbable, une intel-ligence prompte, jointe à une grande circonspection, en outre de bons poumons,t et une force musculaire à pouvoir soutenir longtemps la fatigue. Il ne doit pas'seulement avoir le coup d’œil sur, son pied doit l'être également. Il faut qu’ilsoit aussi leste et môme plus leste que la chèvre la plus agile. Il se trouvequelquefois en effet dans des positions exceptionnelles où chacun de ses mem-bres doit supporter un effort extraordinaire, où il doit s’appuyer tour à tour surles coudes, sur les dents, sur le dos, sur le menton, sur les épaules, où chacun