ALSACE-LORRAINE. 379
se fortifia; un bailli ( Landvogt ), richement doté, les protégeait contretoute invasion ou violence étrangère. La Dëcapole était comme unerépublique fédérative jouissant d'une liberté politique presque complète, sousla souveraineté plus nominale que réelle de l'empereur d’Allemagne .
Aussi l'Alsace , domaine isolé et à peu près indépendant de l’empire,fut-elle constamment un objet de convoitise pour tous les rois de France aspirant à rendre à la Gaule sa limite du Rhin alsacien. Sans parler desprojets de Snger, de Charles Vil et de Louis XI , qui essaya d’empêcher lavente du pays par Sigismond d’Autriche à Charles le Téméraire , la guerrede Trente ans décida encore une fois du sort de l’Alsace . Lorsqu’après labataille de Leipzig, Gustave-Adolphe , vainqueur de Tilly, pénétra dans laprovince, la noblesse du pays se prononça contre les Impériaux en faveurdu roi de Suède et de la France son alliée. Après sa victoire et sa mort àLutzen, son lieutenant, Bernard de Saxe-Weimar , continua la lutte, à lasolde de Richelieu, qui concluait à Saint-Germain un traité d’alliance avecle condottiere liùte de Louis XIII et traité comme un roi. La mort de Ber-nard (1639) laissait une. armée et un duché vacants; déjà l’Europe lesmettait aux enchères, quand Richelieu les acheta. Le congrès de Westphalie (1648), après les longues et subtiles discussions que l’épée de Condé et deTurenne simplifia, céda à la France la préfecture des dix villes impérialeslibres, le landgraviat de Haute et Basse-Alsace, les autres fiefs et villagesdépendant de l'empire et tous les droits qui y étaient attachés. Louis XIV n’usa pas d’abord de ces droits; la nouvelle possession avait surtout, àses yeux, la valeur d’un poste militaire et d’un boulevard de défense. LesAlsaciens gardèrent leuTS coutumes, leurs lois, leurs privilèges; l’Empe-reur continuait à lever des impôts et des troupes et à rendre des sentencesen Alsace. Vingt-quatre ans après, l’annexion de Strasbourg complétal’œuvre du traité de Munster .
Strasbourg était une ville à part, une république libre, d'origine celtiqueet romaine, qui avait grandi par son commerce sous la protection de sesévêques et racheté peu à peu, comme toutes les autres grandes villes rhé-nanes, Bille, Spire, Worms, Mayence, à ses seigneurs ecclésiastiques lespéages, impôts, droits de justice et de garde, etc. Elle ne devait rien àl'Empire que d'insignifiants tributs; elle lui refusait le serment d’obéissance.Elle avait au quinzième siècle formé avec Bàle une confédération de villeset de princes et aidé les cantons suisses à vaincre Charles le Téméraire ;mais elle ne sut pas maintenir cette union féconde, et, sous Maximilien,laissa dissoudre la ligue alsacienne et rompre l’alliance helvétique .
Au dix-septième siècle, après la guerre de Trente ans, la républiquestrasbourgeoise avait subi le contre-coup des désastres de l’Allemagne . Sapopulation avait été décimée par les épidémies et la misère ; ses financesétaient en ruines, ses charges avaient grandi en même temps que sesressources diminuaient; elle augmentait ses impôts et vendait ses domaines.Les magistrats, recrutés dans quelques familles privilégiées de bourgeois,de banquiers, de juristes, perdirent l’affection et la confiance du peuple :des bruits de trahison coururent. La république, placée entre la France ,qui l’avait toujours traitée avec déférence, et, l’Empire qu’elle redoutait,désirait n’ètre ni française, ni allemande , mais garder son indépendance.Mais elle ne sut pas rester neutre ! Le prince de Condé, envoyé en Alsace pour empêcher l’invasion de l’armée allemande en 1672, détruisit le pontde Kehl : Louis XIV prit soin de calmer les craintes de la ville en jus-tifiant l’acte de son général et en promettant tous les dédommagementsnécessaires. Les magistrats défiants firent rétablir le pont ; mais abandonnés