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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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380 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

de l’Empereur qui n’écoutait pas leurs doléances, ils cédèrent aux menaces duroi de France et consentirent à rompre de nouveau le passage (1673). Uneémeute éclata dans la ville; le peuple cria que la ville était vendue àLouis XIV et qu’il fallait mettre à mort l'agent français Frisclimann, maison se borna à briser les vitres de sa maison ; les meneurs furent chasséset l’agitation se calma.

Pendant ce temps, la diète germanique poussait les villes impérialesd’Alsace à faire la guerre à la France : Conde écrivit alors à Louvois quele temps lui semblait venu « de mettre Colmar et Haguenau à la raison. »Le roi se rendit lui-même en Alsace, installa des garnisons françaises dansles villes et fit démolir les remparts de Colmar . Toutes les autres places sesoumirent sans résistance. Quant à Strasbourg, Louis XIV n’exigeait d’ellequ’une stricte neutralité. Elle l’observa d’abord, et le loyal Turenne , confiantdans la parole des magistrats, traita avec les plus grands égards la citéprotestante. I! savait ce que valaient Strasbourg et 1 Alsace , et, dans sesimmortelles campagnes de 1674-75, il les arracha à l’invasion germanique.Après sa mort glorieuse à Salzbach (27 juillet 1675), Strasbourg , oubliantses promesses et les traités, livra à Montecuculli et aux troupes impérialesle passage du Ithin : elle fournit même aux ennemis des canons, et devintentre leurs mains, avec le consentement des notables, l’atelier de guerre,l’arsenal, le dépôt d’approvisionnements et de munitions des armées impé-riales. Créqui bloqua étroitement la ville (1677) et prit Kelil. En 1679,après la paix de Nimègue, qui cédait de nouveau, sans restriction, l’Alsace à la France, Strasbourg épuisée prit enfin le parti de capituler; Louis XIV lui accorda le libre exercice de sa religion, le maintien de sa constitution,son indépendance législative, judiciaire, financière, l’exemption d’impôts,en un mot, l’autonomie administrative. Les magistrats réclamèrent un délaipour consulter le peuple; Louvois y consentit. Le résultat du vote futunanimement favorable à la réunion à la France , à l’exception d’une voix'(30 septembre 1681). « C’est ainsi que s’accomplissait, il y a deux siècles,» l’entrée de Strasbourg dans la grande famille française. Elle avait lien,» non comme une catastrophe imprévue, un de ces coups de force qu’un» peuple subit tant qu’il n’est pas assez fort pour réagir, mais comme un» fait nécessaire, inévitable, reconnu comme tel et consenti. Les événe-» ments l’avaient préparée, elle arrivait à son heure, le vote populaire» l’avait ratifiée, voilà pourquoi elle fut irrévocable et définitive. En même» temps qu’il entrait dans l’unité française, Strasbourg rentrait dans l’Al-» sace, dont il avait été trop longtemps séparé, et l’Alsace , création de la» France , était définitivement constituée et retrouvait sa capitale. » (ArmandWeiss, Revue alsacienne, aoùt-sept. 1881.)

Dans les années qui suivirent sa réunion à la France, l'Alsace , jouissantd’une paix et d’une prospérité qu’elle ne connaissait plus depuis l’époqueromaine, se fondit rapidement dans la patrie commune. File ne fut pastraitée en pays conquis; ses intendants, dont l’un surtout, d’Anger-villiers (1716-1724), a laissé en Alsace un nom populaire, défendirent ses

1. Cet exemple mémorable, donné par un roi absolu et un ministre peu portépar ses idées et sa nature à respecter le droit des peuples, n’a pas été imitéen 1871 par la Prusse victorieuse ; malgré les protestations infatigables des dé-putés alsaciens au Reichstag qui invoquent les traditions historiques de leurprovince, le nouvel Empire germanique n’a pas osé courir les risques d’une con-sultation populaire dont le résultat était prévu.