franchises et adoucirent en sa faveur les lourdes charges qui pesaient surle reste du royaume 1 . Elle devint le grenier d'abondance des pays voisinset s'attacha de plus en plus au nouveau régime ; Strasbourg fit à Louis XV une réception brillante, et les restes du maréchal de Saxe furent déposésdans le temple luthérien de Saint-Thomas , sous le mausolée sculpte parPigalle (1756).
La Révolution acheva de faire de l’Alsace une province toute française.Strasbourg se distingua par son inébranlable dévouement à la France ”, parses sacrifices « qui épuisaient la noble ville, dit JI. Seinguerlet, sans lalasser jamais ». Sous l’administration active des maires Dietrich 2 etFrançois Monet, elle fournissait aux armées qui souvent manquaient de toutà la frontière, des armes, des munitions, des vivres, des vêtements, del’argent; les offres patriotiques des Strasbourgeois prévinrent les réqui-sitions de Saint-Just et de Lebas ; Hoche sauva l’Alsace par la victoire deWissembourg. Aucune province de France n’a fourni à la République et àl’Empire plus de généraux et de meilleurs soldats : Kléber et le premierKellermann sont nés à Strasbourg; Rappet Bruat sont de Colmar ; Lefebvre,de Itouffach.
En 1870, l’Alsace fut la première victime de l’invasion allemande. Aprèsnos défaites de Wissembourg, de Reischoffen et de Forbach, Strasbourg ,livrée à elle-même, fut étroitement bloquée par le corps d'armée duPrussien Werder. Le bombardement commença le 13 août et dura jusqu'au29 septembre. Sous prétexte de sauver Strasbourg, « la fille de l’Allemagne ,des fureurs du larron welche, » dit la chanson teutonne, le féroce assié-geant fit pleuvoir sur la citadelle, les remparts, les quartiers les pluspeuplés, les monuments les plus précieux, des milliers de projectiles,bombes, obus, fusées incendiaires ; la bibliothèque, qui contenait 300 000 vo-lumes et 8000 manuscrits inestimables, fut le point de mire de l’artillerieprussienne : pas un ouvrage ne fut sauvé; la bibliothèque protestante, lacollection d'antiquités, le musée des Beaux-Arts furent également réduitsen cendres; plus de 400 maisons sur 3600 furent détruites. Le 29 sep-tembre, pour épargner aux habitants décimés les horreurs d’une prised’assaut, le général Uhrich se résigna à capituler. Le traité de Franc-fort (10 mai 1871) livra à l’Allemagne l’Alsace avec Strasbourg , et unepartie de la Lorraine avec Metz 3 . Alors commença l’exode des Alsaciens-Lorrains qui voulaient rester Français et que l’administration allemandemit en demeure d’opter entre l’une ou l’autre des deux nationalités. LaFrance recueillit dans toutes ses villes, à Paris surtout, un grand nombrede ces exilés volontaires qui s’éloignaient de la terre natale pour fuir un
1. V. un article de M. A. Weiss, d’après les manuscrits de d’Angervilliers[Hernie alsacienne, décembre 18S0).
2. On sait que l’immortel Chant de Varmée du Rhin , qui s’appela plus tardla Marseillaise et devint l’hymne civique de la France, fut composé à Strasbourg en avril 1792, par un Jurassien, l’officier du génie Rouget de l’Isle, et chantépour la première fois chez le maire, M. de Dietrich.
3. Les préliminaires du traité de paix, signés à Versailles le 26 février 18*1,furent votés à Bordeaux le l ar mars par l’Assemblée nationale : 546 voix se pro-noncèrent pour la paix, 107 contre. A la fin de cette poignante séance, un des 28dé-putés des provinces cédées, M. Grosjean, lut à la tribune laprotestationsuivante :
« Les représentants de l’Alsace et de la Lorraine ont déposé, avant toute né-» gociation de paix, sur le bureau de l’Assemblée nationale, une déclaration» affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leurvolonlé» et leur droit de rester françaises.