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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALSACE-LORRAINE .

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» Un petit sentier conduit du chalet au Kruppenfels à traversdes bouquets de hêtres, en serpentant le long des nouvellesbornes frontières. Formé d’escarpements étagés les uns au-dessusdes autres, coupé de buissons et couverts d’arbres sur ses gradinssuccessifs, le Kruppenfels présente à sa cime un amas de blocsépars et disloqués, à teinte grise, rongés à la surface par unevégétation de lichen. La vue embrasse, du haut de ces blocs, lapartie inférieure de la petite vallée, depuis Munster , dont lesclochers et les maisons sont parfaitement visibles. On aperçoitaussi Stosswilir et Ampfersbach, avec sa blanche église et lesétendages, encore plus blancs, de toile sur le fond des prairiesdu Schmelzwassen. Au-dessus de Munster , apparaît le Schloswaldavec sa tour ruinée et son parc ; plus en avant, la Hohlandsburg,dont le soleil couchant fait reluire les murs 1 . Puis, en remontantau-dessus de la Fecht, le Stauffen aux pentes abruptes, le Kalilen-Wasen avec ses chaumes à nu, les lignes défaite de la vallée deWasserbourg et de la grande vallée jusqu’au Hohneck, toutesparfaitement dessinées. A gauche et au-dessus de Munster , vousvoyez les montagnes des Hohroth et des Hautes-Huttes, plus

1. L’Alsace est peut-être la contrée de l’Europe la plus riche en édifices dumoyen âge et en ruines de l’antiquité romaine et celtique. Au-dessus de la plainecouverte de moissons et de vergers, entre le grand fleuve et les coteaux, de-bout sur les collines chargées de vignes et de forêts, so dressent les cimes Aèreset riantes des Vosges couronnées de castels féodaux démantelés. Telles sont lesruines imposantes du Hohenlandsberg, près de Turkheim , et surtout les hautestours crénelées de Kavsersberg, construites, dit-on, par Frédéric Barberousse ,et dont le donjon orgueilleux se dresse à soixante-dix pieds au milieu des vignes,dominant la ville et les filatures de la vallée de la Weiss. Les anciens regar-daient le Rhin comme une barrière et non comme un trait d’union entre deuxraces, la celtique et la germanique; le fleuve était la barrière orientale de l'Em-pire romain ; de là les routes militaires, les forteresses (oppida) construites danscette zone ; et l’abondance des ruines, témoins des luttes de toutes les époques.Ces vestiges ont été soigneusement étudiés par les archéologues depuis cent cin-quante ans ; au siècle dernier, l'érudit Jean-Daniel Schœpflin (1694-1771), pro-fesseur à Strasbourg et historiographe de Louis XV , publia dans VAlsatia Mus -trata , une description générale des monuments de l’Alsace ancienne ; Oberlincontinua son œuvre; Silbermann (1775) étendit ses recherches aux châteaux etaux églises du moyen Age; Grandidier publia en 1785 les Vues pittoresques deVAlsace; enfin, de 1823 à 1S28, GeofFroi Schweighœuser, fils de leminent hellé-niste Jean Schweighœuser, et père du philologue Alfred Schweighœuser (morten 1876), composa, en collaboration avec M. de Golbéry, conseiller à la Cour doColmar, le magnifique ouvrage illustré sur les Antiquités de VAlsace. En 1855,fut créée à Strasbourg la Société des monuments historiques de VAlsace, qui ainventorié pieusement toutes les richesses archéologiques de la région, et fournidans ses Bulletins et ses Mémoires la matière des trois volumes illustrés publiéspar M. Kvaus, sous ce titre : Kimst und Altertkum in Elsass-Lothringen. (Surles trois Schweighœuser, voir une intéressante conférence de M. Ch. Rabany, auCercle Saint-Simon, publiée dans le Bulletin du Cercle Saint-Simon ou de laSociété historique , année 1883, p. 338.)