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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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394 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

dénudées encore que les chaumes de Kahlenwasen, où les champscultivés tendent à envahir presque toute la surface du sol. LeRhin, le Kaiserstuhl, la Forêt-Noire s’estompent dans le lointainet ferment l’horizon. Les deux Wurzelstein se dressent plusloin sur le rebord des pâturages. Le grand Wurzelstein, appeléHaut-Fourneau par les montagnards lorrains , s'élève commeune cheminée gigantesque au-dessus du niveau des chaumes.La tète de ce monolithe que la foudre accable souvent de sescoups, comme attirée par la pointe d’un paratonnerre, présentemaintes fissures. La tradition veut que les sorcières de la vallées’y donnent rendez-vous certaines nuits. Elles y viennent, disentles pâtres, le mercredi et le vendredi de chaque semaine, che-vauchant à travers l’espace sur leurs manches à balai. Satan enpersonne est là pour les attendre à l’heure de minuit, après avoirtransformé d’un coup magique la plate-forme du rocher en uneimmense salle de fête. Après l’orgie, sorcières et démons dansentdes rondes qui se prolongent jusqu’à l’aube, annoncée dans lamontagne par le premier chant du coq.

» Le rocher du Tannek (1 296 m.) atteint une altitude supé-rieure au Wurzelstein et domine le lac de Daaren. C’est un amasde blocs éboulés provenant de la destruction d’une pointe degranit sous l’effet de la gelée, de la foudre et des intempéries...On met une heure pour venir de la Schluclit au Tannek, troisheures jusqu’à l’hôtel du Lac, en marchant bien et en se tenantau-dessus des précipices que dominent successivement le lac deDaaren, le Forellenweyer, le lac Noir et le lac Blanc. Tout leparcours est jalonné par les bornes frontières entre l’Alsace et laFrance , dont l’aspect brise le cœur : Sunt lacrimæ rcrum!

» Pour bien voir la route de la Schlucht du côté de la Lor-raine , on ne peut mieux faire que de descendre du chalet àGérardmer . De ce côté, elle reste plane jusqu’au Collet, à 2 kilo-mètres de la frontière. Elle passe dans l’intervalle à côté de laMeurthe dont les eaux s’écoulent au Valtin, venant des flancs duHohnek. A 5 kilomètres surgit la Roche-du-Diable; du sommetde cet escarpement, on embrasse du regard les deux lacs deLongemer et de Retournemer. Tout le bassin qui s’étend devantvous est vert, du vert sombre des sapins, avec des gazons aufond et des prés où s’aperçoivent quelques fermes, aux mursblancs, éparses autour des lacs dont les eaux bleues, limpides,transparentes, paisibles, reflètent comme un miroir tout lepaysage avec une pureté et une netteté incomparables. Sur les