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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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396 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

des torrents; partout des escarpements inabordables aux voi-tures, des ondulations de terrains coupés de précipices, deravines, de rochers. Il ne suffit pas d’abattre un arbre cente-naire : on en vient à bout avec la hache et la scie, mais il fautdescendre dans la vallée le tronc, les bûches, les écorces, les fa-gots. La difficulté de l’exploitation a été vaincue par le schlittage.Il consiste dans une espèce de chemin de fer dont les rails sontformés par des madriers et dont la locomotive est remplacée parun traîneau auquel s’attelle un homme dont la force muscu-laire est employée tour à tour à traîner ou à retenir le véhicule,pesamment chargé de troncs d’arbres ou de fagots.

» Quand il s’agit de faire une coupe sur des cimes inacces-sibles, on trace avec des piquets une ligne qui suit les contourset la pente de la montagne. Le problème consiste à obtenir uneinclinaison douce, et l’on y arrive en contournant les collines, enévitant les escarpements, en franchissant les bas-fonds, en fai-sant mille circuits pour aboutir dans la vallée. Le chemin tracé,il faut le construire. Sur tout le parcours, les arbres sont coupéset les matériaux qu’ils fournissent servent à établir le Schlittweg.II ressemble à une échelle sinueuse couchée à terre et se composede montants parallèles fixés dans le sol au moyen de piquets etréunis par des traverses. A la rencontre des dépressions duterrain on exhausse le sol par des bûches de bois ; quand il fautfranchir une large ravine ou quelque gorge béante, on construitdes ponts, et au besoin des viaducs formés de madriers arc-boutés et chevronnés, s’élevant quelquefois à double étage.

» Le chemin construit, il s’agit de fabriquer les traîneaux :les schlittes. Ils sont faits de bois léger, mais solide, d’ordinairedu frêne. Les jambages se redressent pour former les brancardsentre lesquels se place le schlitteur. L’écartement est de deuxpieds, et, grâce à la disposition des chevrons, le traîneau peutrecevoir une charge énorme. Les jambages sont garnis desemelles formées de bandes de bois mince, sec et poli, graisséesde suif, qui peuvent être remplacées quand le glissement les ausées. Un traîneau ne pèse guère plus de 12 à 15 kilogrammeset revient à 6 francs environ.

» Pendant que les schlitteurs construisent le chemin et con-fectionnent leurs traîneaux, les bûcherons travaillent dans lacoupe, et préparent les bois à transporter. L’opération commencepar l’arpentage de la coupe, puis vient le martelage des arbresqui sont désignés pour la mort. Autrefois on abattait les vieil-