Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
397
JPEG-Download
 

ALSACE-LORRAINE.

397

lards de la forêt avec toute leur ramure, mais depuis longtemps,pour éviter les dégâts causés par la chute, on commence parles ébrancher. C’est la toilette des condamnés. On procède de basen haut, et les tronçons des branches inférieures coupées ser-vent d’échelons pour atteindre la cime où on ne laisse qu’unpetit bouquet de verdure, dernière parure de celui qui va mourir.Quand ces préparatifs sinistres sont terminés et que le vieilarbre est là, long, dépouillé et nu, alors s’avancent les bourreauxarmés de haches. Ils choisissent le côté couvert de mousse,parce que c’est là que le fer pénètre le plus facilement. Ils s’arc-boutent du pied contre le tronc et les bras ; la hache brille ets’abat sur l'écorce. L’arbre n’a pas bougé. Que peuvent cespygmées contre ce colosse ? — Mais les coups redoublent, l’en-taille s’élargit. Quand la hache ne peut plus mordre dans laplaie, on y applique la scie. D’un mouvement cadencé les deuxbûcherons tirent la lame dentelée qui pénètre jusqu’à la moellecentrale. L’arbre n’a pas tremblé ; mais alors on apporte descoins ferrés, on les introduit dans l’ouverture, et on les frappedu dos de la hache. L’arbre tient encore, mais il a frissonnéjusqu’au sommet. De nouveau on applique la scie et il ne resteplus que quelques pouces à trancher... Tout à coup l’arbreoscille, soupire, penche, et enfin s’abat avec un bruit formidable,cassant les branches de ses voisins, faisant fuir les oiseaux,réveillant les échos d’alentour qni semblent répercuter les éclatsdu tonnerre.

» Quand le géant est parterre, alors se fait le nettoiement parl’ablation des tronçons de branches, et l’écorçage qui se pratiqueavec un levier, puis les grosses branches sont façonnées et for-ment des piles de bois de chauffage ; les petites sont liées enfagots ; enfin le tronc est scié à des longueurs de 4 à 6 mètres,pour servir comme bois de charpente ou être débité en planchesà la scierie de la vallée. Il y a dans les Vosges des arbres dedimensions extraordinaires : 30 mètres de haut, 4 ou S mètresde circonférence, qui donnent de 50 à 60 stères de bois. Dansla forêt de Strasbourg on en cite qui avaient 2 mètres de dia-mètre et qui ont fourni plus de 120 stères.

» L’œuvre des bûcherons est terminée, celle des schlitteurscommence. C’est la plus pénible et la plus dangereuse. Letraîneau est placé sur le schlittweg , à proximité des piles debois formées par les bûcherons. Les bûches et les fagots sontrangés en travers des schlittes, puis des piquets sont fixés aux