398 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
quatre coins du chargement et d’autres bûches empiléesatteignent jusqu’à 2 mètres de haut ; enfin une corde est lancéepar-dessus, serrée et fixée à l’arrière. Tout est prêt... mais unseul homme pourra-t-il mettre en mouvement cette pyramideénorme qui comporte bien 6 mètres cubes de bois ?
» Cependant le schlitteur se place devant le traîneau, il em-poigne les brancards, il tire, il agite par des secousses saccadéesla lourde machine, et il parvient à la mettre en mouvement ;elle glisse, elle s’avance, et bientôt, au lieu d’activer, il faudraralentir la marche. Alors le schlitteur raidit ses pieds sur lestraverses et supporte avec son échine tout le poids de la charge.Quelquefois deux traîneaux sont accouplés pour charrier unmême fardeau. Les troncs de grande longueur sont posés surune première schlitte, appelée le bouc à cause de ses brancardsrecourbés comme des cornes, et sur une deuxième schlitte,dépourvue de brancards, qui se nomme la chèvre. La manœuvreest plus difficile, et le schlitteur qui dirige la marche est aidépar un homme qui, au moyen d’une corde, maintient lesecond traîneau dans la bonne direction. Enfin l’on arrive auchantier de la vallée ; là se fait le déchargement, et puis le schli-tteur remonte le même chemin en portant le traîneau sur lesépaules. Les bois sont enlevés du chantier par des voitures traînéesle plus souvent par des bœufs. Les chemins sont mauvais et cen’est pas sans peine que les troncs des sapins centenaires arriventà la scierie, leur destination habituelle, ou, par exception, àquelque port de mer pour servir à la mâture d’un vaisseau quifera le tour du monde.
. » Le schlittage ne dure que quelques mois. Il y faut un tempssec et c’est la température de l’automne qui s’y prête le mieux.Pendant les pluies le travail doit être interrompu, car sur leschemins mouillés les traîneaux glissent et les efforts du con-ducteur seraient impuissants à arrêter leur impulsion toujours plusforte. L’existence des schlitteurs est des plus misérables. Le salairen’est pas proportionné à la peine. Un travail aussi dur devraitêtre très bien payé : c’est tout le contraire. L’entrepreneur de lacoupe spécule sur la misère des campagnards et il ne manquejamais d’ouvriers, car il faut vivre et faire vivre la famille.Pendant la bonne saison, schlitteurs et bûcherons habitent,au haut de la montagne, une petite baraque qu’ils construisenteux-mêmes. Elle est formée de troncs d’arbres superposés, dontles joints sont bouchés avec des .écorces et de la mousse; la