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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALSACE-LORRAINE.

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toiture est faite de solives croisées et de branches laissant uneouverture pour la fumée. L’intérieur est tout aussi primitif;tout à l’entour règne une espèce de banquette formée par desplanches et remplie de ramilles de sapins : c’est le lit oùles hommes couchent tout habillés. Au milieu, un poêle qui sertà faire la cuisine. La nourriture se compose invariablement depommes de terre, tantôt cuites à l’eau, tantôt rôties sous lacendre. On y ajoute un peu de sel et un morceau de lard. Pasde fromage, pas de lait, pas de vin. L’eau est fournie par leruisseau voisin et le pain leur est apporté de la vallée, sur unâne conduit par quelque invalide du travail. De temps à autrela marchande de kirsch renouvelle leur provision d’eau deprunes, seul réconfortant pour un si dur labeur. L’uniqueplaisir de ces hommes relégués loin de toutes relations consiste àfumer la pipe, et encore ils s’en privent souvent... le tabac esttrop cher !

» Cette vie si rude serait à la rigueur supportable si le schlitteurn’était pas exposé chaque jour aux plus graves accidents. Quand,au détour d’un chemin, le traîneau, trop lourdement chargé,ne peut pas être dirigé et maintenu sur les montants en bois, ildéraille, il se renverse, et le conducteur n’échappe au plusgrand péril que si, par un saut de côté, il sait se dégager desbrancards et éviter d’être écrasé sous la chute des bûches empi-lées. Mais si, à cet endroit, le chemin longe un escarpement,s’il passe un viaduc, la schlitte entraîne le conducteur dansle précipice.

» L’accident le plus horrible se produit quand, pendant ladescente, il survient une averse, car alors le glissement du traî-neau s’accélère. Le schlitteur a beau se raidir de son soulier ferrécontre les échelons et s’arc-bouter du dos contre la charge, lemouvement toujours plus rapide de l’énorme pile de bois lepresse, le pousse, et si son genou fléchit, si le pied lui manque,le traîneau lui passe sur le corps, lui laboure les chairs, luicasse les reins, lui arrache un membre... S’il n’est pas mortsur le coup, il n’en vaut guère mieux. Pas de secours possible,pas de médecin, pas de remède. Une affreuse agonie termineune existence misérable. » (Maurice Engelhard, Souvenirs d’Al-sace ; Paris , in-12, 1883, Èerger-Levrault.)

I-.es réservoirs d’eau en Alsace . — En même temps qu’ellereboise ses montagnes et reforme, sous ses massifs de sapins et de hêtres