ALSACE-LORRAINE.
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» Une garnison même nombreuse ne peuple pas. Metz n’a pasgardé, comme Strasbourg, comme Mulhouse , son ancienneanimation de cité populeuse et commerçante. L’option en masselui a été fatale. On est parti par troupes entières, abandonnantbiens, commerce, espoir de retour : véritable migration de peuple.Les deux tiers des habitants s’en sont ailés et la population fran-çaise est un instant tombée de 53 000 habitants à 18 000 *.Quelques-uns sont revenus pendant qu’une nuée d’Allemands prenait la place des optants, achetant maisons de ville et fondsindustriels à vil prix, recevant pour s’établir une grosse subven-tion de l’administration allemande, ouvrant des boutiques danstoutes les rues, peuplant de librairies et de débits de tabac lesquartiers les plus abandonnés, rêvant la création d’un immenserendez-vous germanique semblable à l’ancienne Metz du moyenâge. Mais la ville est restée tombeau, et les Allemands eux-mêmes la quittent ruinés, maudissant la conquête.
» Les Messins fugitifs ont dressé leur tente à Nancy, à Verdun ,à Toul . Ces villes sœurs les ont accueillis comme on reçoit desnaufragés. La population française restée à Metz languit etvégète. C’est une nation traînée en esclavage qui pleure sapatrie et ne veut point être consolée. Sa vie politique s’estsoudainement arrêtée le jour où l’ennemi a franchi les portes dela ville qui n’avait jamais été violée, nunquam polluta , avantqu’un, maréchal d'empire vînt y conspirer contre sa patrie.Contemplant tristement tous les jours la statue de Fabert, surle piédestal de laquelle les Allemands, cruelle ironie du soi-, !ont laissé subsister les héroïques paroles que tout Français devrait connaître et cet autre héros de bronze, debout surl’esplanade, Nev, le fusil à la main, protégeant la retraite de
1. « l\ n’est pas une rue où l’on ne rencontre à chaque pas des écriteaux
» significatifs : « Maison à vendre ; appartement à louer, » On a compté à Metz » plus de 3000 logements vacants. Les trois quarts de la population française» ont émigré. Aussi les rues, — à l’exception des grandes artères, — sont-elles» tristes et presque désertes. Sur dix passants que l’on rencontre, il y en a neuf» qui parlent allemand . Partout des soldats aux uniformes multicolores, depuis» la casquette plate du Prussien et la cotte sombre et malpropre du Brunswic-» kois, jusqu’à la tunique bleue de l’enfant de la Bavière . De temps en temps,» le silence est interrompu par des sons criards : c’est une troupe qui passe» précédée de ses fifres, dont la mélodie triste et monotone fait regretter les» gaies et claires fanfares d’autrefois. » (Lucien Nicot, Revue alsacienne ,1880-81, p. 571.) ' ‘ .
2. « S’il me fallait, pour défendre une forteresse que le roi m’aurait confiée,
mettre à la brèche ma personne, ma famille et mes biens, je n’hésiterais pas unseul instant. » '