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qui fut consommé en lG66par la convention de Clèves : le comté deltavens-berg^de l’Ems au Weser; le comté de Mark, dans la vallée de la Ruhr ; leduché de Clèves, de Duisbourg à Emmerich, sur les deux rives du Rhin ,furent ajoutés à l’électorat brandebourgeois-prnssien.
Les Hohenzollern grands électeurs (1640-1701). Dansl’intervalle, malgré les efforts de Georges-Guillaume (1619-1640) qui,au lieu de prendre parti, offrait aux belligérants une médiation impuis-sante, la guerre de Trente ans ravagea les provinces de l’électorat; lamarche de Rrandebourg fut ruinée, elle perdit 140000 âmes sur 330 000.— L’Etat fut sauvé par son fils' et successeur Frédéric-Guillaume I er ,le Grand Electeur, le premier, en date et par ses qualités d’administra-teur, des trois souverains qu’on a appelés les précurseurs de Frédéric II .Joignant la force à la ruse, la ténacité à la souplesse, la circonspection àl’audace, il créa une armée permanente, débarrassa les marches des bandesde pillards féroces en achetant leur retraite, et par ses négociations tor-tueuses entre la Suède, la France, l’empereur et la Pologne , obtint auxtraités de Weslphalie (1648) la possession des quatre principautés ecclé-siastiques de Magdebourg, Halberstadt, Minden et Camin. Trahissanttour à tour, à propos, la république de Pologne et le roi de Suède , tantôtcombattant pour Charles-Gustave (1636) et tantôt négociant avec Jean-Casimir , il se fit céder par les deux rivaux la Prusse ducale et en garda lasouveraineté à la paix d’üliva (1660). 11 régla, comme' on l’a vu, à sonprofit, la succession de Clèves , et en 1672, intervint pour la première foisdans la politique européenne, allié à la Hollande et a l’Autriche contreLouis XIV et la Suède . Il envahit l'Alsace en 1674, et se lit battre à Turc-keim par Turcnne (1673); mais la même année, les régiments brande-bourgeois remportèrent leur première victoire sur l’armée suédoise à Fehr-bellin, et « la postérité du Grand Electeur data de cette fameuse journée» le point d’élévation où la maison de Rrandebourg est parvenue dans la» suite. ’> (Frédéric II.) L’intervention de Louis XIV put seule arracheraux vainqueurs la Poméranie conquise pour la restituer aux Suédois, sesalliés (traité de Saint-Germain-en-Laye, 1679).
Frédéric-Guillaume fut aussi le plus actif dé ces « princes colonisateurs »de la Prusse, qui, à l'exemple des Ascaniens et des chevaliers teutoniques,développèrent toutes les ressources et disciplinèrent toutes les forces deleur Etat. Son armée permanente s'éleva à 24 000 hommes; il acheta desvaisseaux, créa une Société de commerce maritime àEmden, et voulut avoirdes colonies : le pavillon brandebourgeois flotta quelque temps sur la stationfortifiée d’Arguin, et le comptoir principal de cette nouvelle Compagnieafricaine dans le golfe de Guinée s’appela Frederiksbourg.
L'œuvre de colonisation continentale du Grand Electeur fut moins chimé-rique. 11 fit de ses Etats une terre d'asile, et pour les repeupler, y attirapar tous les moyens des bannis, des agriculteurs, ingénieurs et artistesetrangers proscrits, les persécutés de tous les pays, les soldats errants,même les pillards « qui voulaient faire une fin en achetant des terres avecl'argent volé >. » De tous ces colons réfugiés, ceux qui rendirent à l’Etatnaissant les plus grands services furent les calvinistes français chassés du
1. Ernest Lavisse , Etudes sur VHistoire de Prusse. p.2lS. — On trouvera clansla Revue des Deux Mondes , 1875 et 1S76, la plupart des chapitres de cet excellentouvrage où l'éminent directeur des études historiques à la Faculté des lettres doParis explique avec une science profonde et une lucidité parfaite les vraies causesdu développement de la grandeur prussienne.