432 LECTÜRES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
royaume par la révocation de l’édit de Nantes (1685). Le Grand-Electeurpar l’édit de Potsdam, dont il fit répandre les exemplaires en France parcentaines, leur accorda des terres, de l’argent, des emplois, des privilèges,l’exemption d’impôts, la sécurité pour les personnes, la liberté pour lesconsciences. Il en vint plus de 20 000 dans le Brandebourg, 6 000 à Berlin qui n’avait alors que 14 000 habitants. « Ce ne furent joint là des ouvriers» ordinaires. Honnêtes et laborieux, ces hommes, qui avaient tout sacrifié» au repos de leur conscience, l’étaient tous, et leur travail eut en Bran-» debourg un prix inappréciable ; car ils étaient, sinon des inventeurs, des» initiateurs. » (E. Lavisse). Ils apprirent aux sujets du Grand-Electeur àtisser la laine et la soie, à teindre et à imprimer les étoffes, à fabriquer desbas, du papier, des chandelles, de l’huile, des vêtements, des étoffes demode et de toilette, des horloges, des glaces, à exploiter les mines de feret de cuivre, à forger et fondre les métaux ; ils leur enseignèrent l’art decultiver les jardins ; ils transformèrent en vergers et en cultures maraî-chères les sables infertiles de Charlottenbourg et du Moabit ; ils fournirentau Grand Electeur des jurisconsultes, des orateurs, des médecins, desarchitectes, des ingénieurs, des peintres, des savants, des historiens, desdiplomates, et, il faut bien le dire aussi, des soldats et des généraux quifirent payer à la France l’intolérance coupable de Louis XIV . On a comptéque parmi les gentilshommes qui occupèrent des charges à la cour, il yeut 17 lieutenants généraux, 24 majors généraux et parmi eux Schomberget Ruvigny, qui se firent tuer au service des ennemis de la France *.
Les Hohenzollern , rois de Prusse (1701). — Frédéric IIIle Fat (1688-1713), « enfant prodigue d’une famille avare, » ne songeaqu’à importer dans le Brandebourg le faste et l’étiquette des souverainsde l’Occident . Préoccupé avant tout de changer son chapeau, électoralcontre une couronne de roi, il ne ménagea ni l’argent, ni les hon-neurs pour obtenir cette satisfaction d’amour-propre; les négociationsentamées par ce prince vaniteux avec la cour de Vienne aboutirent 'en 1701à la signature d’un traité secret où l’empereur Léopold reconnaissait dansl’électeur de Brandebourg le premier roi de Prusse, Frédéric I <r\ moyennantun subside de 6 millions d’écus et de 20 000 soldats. Les Habsbourg neprévoyaient pas qu’ils venaient de préparer de leurs mains la grandeur del’Etat qui devait les supplanter un jour. Aux traités d’Utrecbt, l’Europe ,à l’exception du pape (1713), accepta la royauté nouvelle, et valida l’acqui-sition de Neuchâtel et Valengin, faite en 1707 par Frédéric I or .— Frédéric-Guillaume I 01 (1713-1740) gouverna avec une économie sordide et uneimpitoyable rigueur; ennemi du luxe et des savants, bàtonnant de sa royalemain les oisifs qu’il rencontrait, ignorant, entêté, brutal, il appliquastrictement la devise de l’ordre de l’Aigle noir fondé par son père : Suum
1. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans de plus grandsdétails sur cet intéressant chapitre de l’histoire de Berlin. Frédéric II , dans sesMémoires , a affirmé d’une manière éclatante les services rendus par les Français à ses compatriotes. Avant leur arrivée, dit-il, « Berlin , depuis si magnifique,» n’était qu’une étable infecte, habitée par quelques milliers d’engraisseurs de
» bestiaux. Berlin devint ensuite une ville élégante, pavée, éclairée, ornée de
» palais somptueux, de portes et d'arcs magnifiques, de maisons commodes.»
On rapporte qu’un seigneur français demandant h Frédéric II , de la part deLouis XV , ce qu’on pourrait faire pour lui être agréable, le Prussien railleur ré-pondit : « Pour m’ètre agréable? Une seconde révocation de VE dit de Nantes .»Certains historiens allemands n’en ont pas moins soutenu que, loin d’être utilesà leur pays, les immigrants français n’avaient fait que corrompre la simplicitédes mœurs germaniques de leur temps.