434 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Révolution française ; la déroute de Valmy arrêta son élan, et la paix deRâle (1795) lui imposa la cession de la rive gauche du lîhin. — Frédébic-Guilladme III (1797-1840), prince timide et débonnaire, ne sut pas donnerà l’œuvre de Frédéric II , imposante, mais mal assise, la cohésion qui luimanquait. Les provocations de Napoléon 1er, l’infatuation du parti de iaguerre à la cour de Berlin l'obligèrent à sortir de la neutralité systématiqueoù il voulait s’enfermer : les troupes prussiennes, mal commandées par desgénéraux dont la stratégie datait du Grand Frédéric, furent écrasées à Iéna et à Auerstædt (1806) ; la déroute de ses alliés, les Russes , à Eylau etFriedland , obligea le roi à abandonner d’un seul coup la moitié de sesEtats (traité de Tilsitt, 1807). Dans ce désastre, le patriotisme se réveilla,et le malheur commun fit de l’Etat prussien une nation. Le mouvementnational fut admirablement servi par des hommes d’Etat de premier ordre,Stein, Ilardenberg, Sehavnhorst, qui établirent en Prusse l’égalité civile, leslibertés locales et le service militaire universel en créant la landwehr; parSchmaltz et Guillaume de Humboldt qui fondèrent l’Université de Berlin,où professeurs et étudiants, associés dans la haine de Napoléon et de laFrance, conspirèrent pour la délivrance de la patrie allemande . En 1812,Frédéric-Guillaume dut fournir un contingent de 20 000 hommes à sonvainqueur qui envahissait la Russie : mais dès le commencement de 1813',après la retraite de l'armée française, il signait le pacte de Kalisz avec letsar Alexandre et entrait dans là sixième coalition. A l’appel du roi dePrusse, toutes les provinces de l’Allemagne du Nord se levèrent en massesous sa bannière ; les adeptes du Tugendbund prirent une part glorieuse àla campagne d’Allemagne, à la sanglante bataille de Leipzig (16-19 oct. 1813),aux combats de la campagne de France (1814) et, après les Cent Jours, auxjournées de Ligny et de Waterloo , où Rlücher, le feld-maréchal En Avant,décida la victoire. Au congrès de Vienne, les diplomates prussiens récla-mèrent avec la restitution de leurs anciennes provinces, la Saxe et l’Alsace-Lorraine comme dédommagement; mais ils durent se contenter de recouvrerles territoires perdus, auxquels on ajouta Stralsund, Greifswald, Wolgast etl’ile de Rügen, la moitié environ de la Saxe royale, et,' sur le Rhin , desterritoires nombreux, Sarrelouis, Trêves, Aix-la-Chapelle, Cologne, Juliers ,Bonn, etc. La Prusse ainsi reconstituée entra dans la Confédération germa-nique (1815).
L’acquisition de Lichtenberg en 1834, et la perle de Neuchâtel quis’émancipa en 1848, changèrent peu l’état territorial de la Prusse jus-qu’en 1865. La Prusse, formée surtout de provinces allemandes, • plusétendue et plus peuplée que les petits Etats de la Confédération , exerça sureux grâce à ses universités, et à son union douanière, une double influencemorale et économique qui prépara les voies à son influence politique.L’unité allemande commença par la littérature, la philosophie et la presse ;elle continua par la formation èuZollverem, ou union douanière. En 1S20,chacun des Etats allemands avait entouré sa frontière d’un réseau douanier ;il y avait même des lignes de douanes de provinces à provinces, de villesà villes ; le commerce et l’industrie étaient paralysés par ces barrières quiavaient survécu an moyen âge. La Prusse les supprima sur son territoire;son exemple fut imité par ses voisins; et peu à peu, de 1828 à 1854, ellesigna avec la liesse, la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, Bade et tous lesautres Etats allemands cette association douanière, dont le parlement siégeaà Berlin et qui remit à la Prusse la direction îles intérêts matériels del’Allemagne presque entière, malgré les efforts de l’Antriclie jalouse etinquiète.