Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
530
JPEG-Download
 

530 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

petit capital intellectuel importé du pays d’origine est bientôtremplacé par les acquisitions de la patrie d’adoption. L’influencede la première patrie s’arrête pour eux du jour où ils ont poséle pied sur la rive étrangère. La langue allemande continue àservir aux parents; les enfants naissent Américains ... » (CharlesGrau, la Population de l’empire allemand. — Revue des DeuxMondes , 15 janvier 1885).

Un député au Reichstag, M. Friedrich Kapp , attaché autrefois au servicede l’émigration en Amérique , déclare qu’aucun lien ne réunit les émigrésallemands ale 1820 et de 1830 à ceux de 1848, et que l’élément yankee,fortifié par l’immigration anglaise et irlandaise, supérieure encore à cellede l’Allemagne , restera toujours prépondérant. Le même économiste seprononce contre la création de colonies officielles, et conclut qu'il faut lais-ser aux émigrés la liberté de choisir la terre où ils veulent aller vivre. Auxpartisans des colonies nationales qui montrent que l’émigration a coûtéplus de 4 millions d’hommes à la mere patrie, il répond que dans le mêmetemps la population de l’Allemagne n’en a pas moins doublé ; et si lesémigrants emportent avec eux un capital considérable, et surtout priventleur pays pour jamais de bras utiles, leur établissement à l’étranger favo-rise singulièrement la marine marchande et le commerce extérieur de leurpays d’origine. C'est à l’émigration que Erème doit d’être devenue unmarché international de premier ordre ; le port du Weser qui exportaiten 1884 pour 12 millions de marcs de marchandises, en exporte aujour-d’hui pour plus de 100; l’Allemagne entière qui, en 1863, faisait aux États-Unis pour 48 millions d’affaires, voyait dix ans plus tard ce chiffres’élever à 307 ; et l’exportation des ports de l'Union en Allemagne montait,dans le même temps, de 84 millions à 300! Ajoutons que les Allemandsdu Nouveau Monde, en 1870, ne s'étaient pas américanisés, quoiijn'enpense M. Kapp, au point d’oublier leurs frères d’Europe ; s'ils ne passèrentpas en masse l’Atlantique pour venir combattre dans les Vosges contre laFrance, ils intervinrent efficacement auprès du gouvernement de Washing-ton afin d’empêcher les croiseurs français de saisir les navires allemandsà la sortie des ports de l’Union, et ils envoyèrent à Berlin , à la Société desecours aux blessés, une collecte d’un million de dollars, comme ils l'ontfait encore en 1882 à la suite des dernières inondations du Rhin .

Tout en laissant à l'émigration son libre cours, sans l'entraver par desmesures de police, le gouvernement n’en poursuit pas moins son projet decréation de colonies propres à favoriser le commerce, l’industrie de la na-tion et son prestige extérieur. On a préludé à la politique coloniale envotant des crédits destinés à l'accroissement de la marine militaire, enaccordant des subventions à une compagnie de colonisation dans la merdu Sud, et en organisant un service régulier de paquebots entre Brème,Hambourg, l'Extrême Orient et l’Australie . On a passé ensuite à l’occupa-tion des territoires : tandis qu’un armateur brèmois, M. Luderitz , sous lesauspices de la chancellerie impériale, fondait dans la baie stérile d’Angra-Pequena, sur la côte de l’Afrique australe , la première colonie allemande,et y ajoutait quelque temps après, sur la cote orientale, au pays des Zou-lous, ia baie de Sainte-Lucie, moyennant une boite à musique, un habitbrodé et un baril d'eau-de-vie, les Allemands s’emparaient de la côte deCameroons , en face de File Fernando-Po, et sur cette ile même du golfe