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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AUTRICHE-HONGRIE . 613

entrepris d’immenses travaux pour le conquérir à la culture; des canauxont été creusés, des chemins tracés, des digues élevées : la plus grande estcelle qui relie du nord au sud les deux extrémités du marais, percée devingt-trois ponts de granit, sous lesquels passent en grondant les crues demars et d’avril. Souvent leur cours torrentiel détruit les travaux commencés :l’œuvre du dessèchement et du drainage ne peut d'ailleurs s’accomplir quedans les étés sans pluie.

» De la terrasse d’Esterhaz j’avais une vue magnifique decette grande scène de désolation sauvage. Nous suivîmes lagrande digue. Le Hansag, complètement désert en certains can-tons, présentait dans d’autres l’image d’une fiévreuse activité. Icion abattait le bois; là, on fauchait le foin, plus loin on coupaitles joncs, ou l’on préparait des terrassements nouveaux. Bientôtnotre voiture, si légère qu’elle fût, roula difficilement sur le soldétrempé, puis elle ne roula plus du tout, les roues s’embour-bèrent, et il nous fallut le secours des bergers et des faucheurspour nous débarrasser. Nous mîmes pied à terre, n’avançantplus que difficilement, avec précaution et pas à pas, toujoursprêts à nous abîmer. Les travailleurs avaient sous les pieds desespèces de patins larges et plats qui les soutenaient sur la terredétrempée; autour de leurs têtes, d’énormes couronnes de feuil-lages et de joncs marins qui les défendaient contre le rayonbrûlant et contre les piqûres envenimées des insectes. Au-dessusdes monceaux de foin, par essaims sans nombre, semblables à desnuées légères, les insectes voltigeaient, tourbillonnant en hautescolonnes, et montaient jusqu’au ciel, dansant dans la lumièred’or...

... » Nous quittâmes les travailleurs pour nous avancerdans le Hansag. Bientôt nous rencontrâmes un troupeau de400 tètes, jeunes bœufs et génisses. Tous nous regardèrent d’unœil inquiet. Gomme nous avancions toujours, ils cessèrent depaître et se serrèrent les uns contre les autres en mugissant.Deux énormes chiens, au poil blanc hérissé, nous montrèrent lescrocs en aboyant ; chiens et troupeaux se tenaient sur la défen-sive la plus hostile. Je ne sais trop comment la chose se seraitterminée si les bergers ne fussent venus à notre secours. Dèsqu’ils nous virent causer avec leurs gardiens, chiens et troupeauxse montrèrent rassurés ; les molosses rentrèrent leurs crocs et lesgénisses recommencèrent à tondre l’herbe fraîche.

» Ces bergers étaient de vrais magyars en longues chemisesblanches, pendant sur la culotte, en courtes vestes s’arrêtant à la