61-i LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
taille : sous les ailes (le leurs larges chapeaux, on voyait brillercomme des charbons leur prunelle ardente. Il y avait je ne saisquoi de farouche dans leur visage aigu, accentué à l’excès etfièrement encadré dans de longs cheveux noirs et lisses... Grâceà mon guide, je pus accompagner chez eux quelques-uns de cesbergers. On y parvenait par un étroit sentier dont la vase à demiliquide n’offrait aucun point d’appui résistant. « Excepté quand il» gèle,» me dit un de ces bergers, « nous nesentons jamais la terre» ferme sous nos pieds. «Toutes les maisons du Hansag sont depetites huttes coniques faites de joncs entrelacés. A l’intérieur, lesol est couvert de paille. Au milieu de la hutte, quatre pierresscellées dans l’argile, tiennent lieu de foyer et portent la bat-terie de cuisine, dont l’inventaire tient en deux lignes : un poêle etquatre ou cinqécuelles. La paille, amoncelée sur les côtés, sert delit ; un billot, recouvert d’un morceau de laine, remplace l’oreillerde plume. Quand le berger se tourne trop brusquement dans sonlit, il sent que le sol se creuse sons le poids de son corps. Cette vie,si pénible qu’elle soit, n’altère pas la santé robuste des bergers;les exhalaisons du Hansag n’apportent point la fièvre. La prin-cipale nourriture de ces durs compagnons consiste en une sortede pâte qu’on appelle gulyashus , faite de petits morceaux dobœuf, assaisonnée d’oignons, et relevée do paprika; le paprikaest une espèce de poivre rouge fort en usage en Hongrie , et quiconcentre dans son grain étroit et long tous les feux des épicesorientales. Grâce au paprika, un morceau de gulyashus dansune bouche délicate, c’est un charbon ardent; le Danube y pas-serait sans éleindre ses cuisantes brûlures ; pour les bergers, c’estun cher régal, et, quand ils peuvent y ajouter un petit verre deslworitz, — c’est le wisky hongrois, — ils jurent qu’ils ontmieux dîné que Sa Majesté l'empereur et roi ; mais le slworitzn’est que pour les grands jours ; leur boisson habituelle est l’eaudu marais embourbée et vaseuse. On ferait dix lieues dans leHansag sans rencontrer une source claire. Quand le berger veutboire, il coupe un roseau, l’enfonce dans la vase de toute sa lon-gueur, s’agenouille on se couche sur le ventre, et il aspire ; lespremières gorgées sont brunes, épaisses, et saumâtres : on lesrejette. Peu à peu l’eau se purifie : au bout de quelques minuteselle est buvable. On retire alors le roseau, on le garnit à sonextrémité inférieure d’une petite pièce de toile claire faisantfiltre, on le plonge de nouveau, et l’on a désormais, pendantune heure ou deux, une eau abondante, fraîche et douce. Dans