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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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610 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

pelle G onasz, et ils mènent parmi les paysans une existence àpart, farouche, presque sauvage. Jour et nuit, hiver comme été,ils habitent la forêt; c’est leur patrie, c’est leur maison. Dèsl’enfance, on les entraine par une éducation particulière qui lesrendra capables de supporter ces privations, ces misères et cesfatigues. Ils restent complètement étrangers à tout ce qui pour-rait les adoucir; ils n’ont sous les yeux que leurs immondestroupeaux, et aussi qu’eux dans l’àme. C’est à peine s’ils saventépeler ou écrire les quelques lettres de leur nom ; c’est à peinesi les notions les plus sommaires et les plus indispensables de lareligion arrivent jusqu’à leur intelligence. Un poète hongrois achanté les Gonasz dans une strophe, dont l’àpre mélancolie n’estpas sans grandeur. C’est un d’eux qui parle :

- « Loin de l’amour, du plaisir, de la vie, seul, je vis dans les» bois sombres, où gémissent les chênes sous la tempête, où» rôdent les loups hurlants. Le rayon du soleil et le hàle ont» bruni ma poitrine et mon front. Surveiller les troupeaux au» milieu des buissons, voilà mon lot. A travers la brise, aucune» voix humaine ne vient jusqu’à mon oreille; lui-même, le» petit oiseau me fuit et va chanter plus loin dans les branches» et dans les roseaux... »

» Le vêtement des Gonasz a un certain caractère pittoresque,rustique, qui fait bon effet dans le paysage; ils portent un vastekopenyeg, sorte de manteau blanc fait d’un épais tissu de lainequ’ils appellent szùr; il est orné de lambeaux rapportés d’uneétoffe rouge taillée en fleurs et en figures variées. » (L. Enault 1 ,Correspondant, avril 1860.)

i. « Quand les Romains, dit M. Enault, pénétrèrent dans la contrée, Dion Cas-» sius, leur historien, nous rapporte qu’ils aperçurent ces pièces et ces morceaux» (panni) sur les vêtements des hommes, et qu’ils donnèrent le nom de Pannonie » à la contrée soumise. Les Gonasz descendraient d’eux par une filiation directe» en tout, car ils en ont gardé l’habit. » Voioi le passage de Dion Cassius , au-quel l’auteur fait allusion. [Histoire romaine y liv. XLIX, ch. xxxvi.) * Les Panno-» niens habitent le pays voisin de la Dalmatie, le long des rives de l’Ister (Danube ],» depuis la Norique - jusqu'à la Mysie d’Europe. Leur existence est la plus mise-» râble qui soit au monde : ils ne sont favorisés ni du côté du sol, ni du côté du» climat; ils ne tirent de leur territoire ni huile, ni vin, sinon en petite quantité,» et encore du vin détestable, à cause de l’àpreté de l'hiver, mais seulement de» l’orge et du millet dont ils font leur nourriture et leur boisson. Ils passent pour» le plus vaillant des peuples que nous connaissions. Ils sont très enclins à la» colère et au meurtre, comme gens que rien n'encourage à vivre avec honneur.» Je connais ces détails pour les avoir appris par expérience, ayant été gouvor-» neur de ce pays... Ces peuples sont nommés Pannoniens, parce que leurs» tuniques à manches sont, suivant une coupe et une dénomination particulière• à leur pays, formées de pans de manteaux cousus ensemble. »