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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AUTRICHE-HONGRIE .

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lia Puiszta.

» La plaine verdissante est si grande qu’elle se perd dans lescourbes de l’horizon. Le ciel penché embrasse la terre. J’éprouvolà, comme en Russie , des impressions extraordinaires ; l’espaceplat me donne une sorte de vertige de l’étendue. Je voudraiscourir à cheval, aller devant moi durant des jours et des nuits,sans rencontrer d’obstacles que les fleuves, les rivières qu’on peuttraverser à la nage, ne m’arrêter que par la lassitude d’un chevalqui peut faire une étape de 7 0 kilomètres et recommencer lelendemain. L’ivresse de l’espace, d’une indépendance sauvage,d’une liberté sans limites, c’est la fièvre de la Puszta 1 .

...» Voici la Tisza , violente, fatale, dramatique, dont les inon-dations noient des villes entières. Ses eaux sont épaisses, lourdes,toujours prêtes à se gonfler, à grossir pour peser sur ses digueset les rompre 2 . Je vois partout des saules; leurs premièresfeuilles à peine teintées donnent une grande mélancolie au pay-sage. Les saules sont les victimes de la Tisza lorsqu’elle se dé-chaîne. Les doux arbres ne peuvent briser ses lames énormes.Ils sont là, comme une troupe sacrifiée à l’avance pour occuperl’ennemi un instant. Autrefois il y avait peu d’arbres dans laPuszta ; aujourd’hui de longues lignes d’acacias coupentl’immense paysage. En quinze ans, ces acacias, seuls arbres deplaine avec les saules, peuvent faire des poutres de maisons et

1. C'est la solitude et l'immensité de ces grandes plaines qu’aiment passionné-ment les bergers magyars, et qui ont inspiré les hymnes célèbres du grand poètede la Hongrie, Petœû : « C’est toi que j’aime, ô Puszta , — Image de l’infini, —» Paradis de mon éme, — La haute terre, arrondie en montagne, est un grosn livre aux feuillets trop nombreux. — Toi, basse terre, où nul mont ne s’élève,» — livre ouvert, on to peut parcourir; — ô steppe, io vois en toi la liberté! •

2. En 1879, la Tisza ou Theiss, dans une crue subite et terrible, jointe auxeaux du Maros, détruisit en deux heures la grande ville de Szegedin , la métro-pole du commerce magyar . Sur 6000 maisons, la vingtième partie à peine restadebout ; sur 720 hectares de terrain bâti, 4 seulement restèrent à sec ; 151 personnespérirent. Le monde entier s’émut à cette catastrophe, et envoya aux victimesdes consolations et des secours. Les dons dépassèrent la somme de 5 millions:la France y contribua pour la dixième partie. Grâce à l’énergie des habitants etdu commissaire royal, la ville fut vite rebâtie sur un plan modèle, à l’instard’une ville australienne. Les travaux do reconstruction de Szegedin furent di-rigés par le ministre des communications, M. Louis Tisza, frère du premierministre, avec une merveilleuse rapidité. « C’est la Tisza , disaient les Hongroisreconnaissants, qui a enseveli Szcged, c’est le Tisza qui fera ressusciter la villeembellie et rajeunie. » M. do Ilorvath, en pleine inondation do la Theiss , sauvaSzentes en lui opposant des digues. Une digue magnifique dallée comme uncouloir mène de Szentes à la Tisza ; elle a coûté 200000 francs le kilomètre.