644 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
précieuse pour les voyageurs qui, pendant la mauvaise saison,ne veulent point s’exposer à attendre pendant plusieurs jours àMégline le moment où le bateau du Lloyd osera se hasarder àdoubler la punta d’Ostro, souvent fort dangereuse. C’est aussiun moyen de faire un curieux voyage dans l’intérieur du pays.
» Le village de Scagliari, situé derrière Cattaro , entre lacitadelle et la scala, a la spécialité des guides pour la Mon-tagne-Noire. Ceux-ci sont à la fois honnêtes, exacts, intelligentset hardis ; sous leur garde, une femme même peut s’aventurerseule, sans aucune appréhension, dans les sentiers de la Tser-nagore. Comme les montures de toute sorte ne peuvent péné-trer dans l’intérieur de la ville, c’est au bazar monténégrin quese forment les caravanes à destination de Tsettinié. Si l’on doitvoyager à l’époque des grandes chaleurs, il est important dequitter Cattaro dès l’aube; car on peut ainsi, tout en restantconstamment protégé par la crête des montagnes, que le soleilne dépasse que longtemps après son lever, franchir la moitié duchemin, sans avoir à supporter la réflexion des rayons solaires,renvoyés par les surfaces nues et blanchâtres des rochers, ettrès pénibles pour la vue. Du reste, peu d’ascensions en Europe offriront au touriste plus de pittoresque que celle des premierscontreforts de la Montagne-Noire. Cette route suspendue enquelque sorte à une muraille de rochers, allant et revenant sibrusquement sur elle-même, que parfois un do ses lacets estpresque contigu à celui qui le précède ; cette citadelle dominantun abîme et comme écrasée elle-même sous le rempart dressépar la nature au-dessus d’elle ; ce panorama merveilleux desBouches dans lequel se multiplient d’instant en instant, à me-sure qu’on s’élève, les golfes, les promontoires, et sur des rivesenchantées des villages perdus dans la verdure ; la ville deCattaro , dont on croit s’éloigner, et qu'après une heure etdemie de pénible ascension, on revoit perpendiculairement sousses pieds, comme si l’on plongeait sur elle du haut de la nacelled’un aérostat; les émotions de la peur à laquelle ne sauraitéchapper celui qui n’a pas l’habitude de ces sortes de pérégri-nations, et que la marche audacieuse des chevaux et des muletssur le bord même du précipice réveille à chaque moment; tout,presque encore au départ, se réunit pour éveiller dans l’âme duvoyageur des impressions auxquelles le nom menaçant et lamystérieuse réputation de la Montagne-Noire l’ont déjà prédis-posé. L’escarpement de la montagne, l’étroitesse du plan sur