Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
645
JPEG-Download
 

MONTÉNÉGRO . Gi5

lequel se développe la scala de Cattaro , font de celle-ci une desplus merveilleuses échelles qui existent, et l’on a pu avec raisoncomparer la position du voyageur arrivé à son sommet, etvoyant à une immense profondeur sous ses pieds les citadins deCattaro s’agiter dans les rues de la ville sous des formes vrai-ment microscopiques, à celle d’un individu qui, du haut d’unetour gigantesque, plongerait les yeux dans l’abîme ouvertdevant lui. Si par hasard c’est jour de marché à Cattaro , lechemin offre l’aspect le plus animé, car il est alors littéralementencombré de mulets chargés de laine, de grains ou de poisson,de troupeaux de bœufs ou de moutons, ou de longues files defemmes apportant sur leur dos le bois et les pauvres denréesde la Montagne-Noire 1 . Ces femmes, du reste, sans perdre leurtemps à suivre les longs zigzags de la scala, coupent directementles pentes de la montagne, sautant de rocher en rocher avec uneagilité merveilleuse, malgré le faix qu’elles supportent, et fran-chissant quelquefois en vingt pas une pente dont l’art n’a putriompher que par un développement de route d’un demi-kilo-mètre. Le soir, chargées de caisses ou de ballots, elles repren-dront le chemin de leurs montagnes, sans plus se soucier que lematin des voies tracées, tricotant, causant et riant avec un airde parfait bonheur 2 . Cet encombrement de la route, bien que

1. MM. Frilley et Wlahovitj font ailleurs (chap. iv) la pointure navrante dela condition des femmes au Monténégro . Leur vie peut se résumer en deuxmots : travailler et souffrir. « Le jour arrive vite où la forêt et les champs ré-» clament la fille monténégrine . Enfant encore, vous la verrez, maigre et pâle,» descendre des montagnes, ployant sous le fagot de bois sec.... Devenue femme,» sa démarche pesante, son pas allongé, l'inclinaison de sa taille, le port même» de sa tète, presque toujours humblement inclinée, tout trahit chez elle l’habi-» tude des pénibles travaux et celle des longues marches dans les montagnes sous» le poids ae lourds fardeaux... La Monténégrine voit dans son père, dans son» frère, dans son mari, des êtres supérieurs, devant lesquels elle doit trembler,» obéir et se taire; l’homme, à son tour, se plaît à exagérer les formes d’un des-» potisme, dont un faux point d’honneur l’empêche seul souvent d’affranchir sa» compagne... Vous la rencontrez, à toute heure, par les sentiers les plus déserts,» cheminant tranquillement derrière l’ène ou le mulet de la maison, portant au» bazar le maigre produit de son troupeau et de son petit champ. Les jours du»» marché de Cattaro , c'est en groupes nombreux que, chargées de leur fardeau» de bois, de poissons ou de légumes, et le tricot ou le fuseau à la main, accom-» plissant ainsi une double tâche, elles descendent dès l’aube la route autri-» chienne, et que, le soir venu, elles regagnent la montagne, en rapportant de» nouveau à Tsettinié les marchandises arrivées de Trieste par le paquebot duw Lloyd. »

2 . Pendant l’hiver, quand les pentes de la montagne sont couvertes d’une neigesuffisamment solide, les femmes monténégrines ont un moyen aussi hardi quesingulier d’économiser leur temps et leurs peines. Tout en conservant leur chargesur le dos, elles s’asseoient sur leur strouka, dont une extrémité, ramenée en avant