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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

lage de Lithochùri, où nous passons la nuit. Ce village est admi-rablement assis dans la verdure, au bord d’un torrent encaisséen abîme, qui s’échappe de la grande fente centrale du massif.De ce point, l’œil plonge dans le cœur du géant, où les rayonsdu jour ne doivent jamais pénétrer. Les montagnards, misé-rables, peu adonnés à l’agriculture, vivant d’exploitations fores-tières, de charbonnages, de quelques extractions de minerais,tour à tour victimes ou complices des bandes de malfaiteursdont l’Olympe est le quartier général, empruntent aces condi-tions d’existence un caractère dur et farouche 1 .

» On redescend de Lithochùri sur les pentes méridionales, cre-vassées de ravines profondes et de torrents à sec. Jusqu’à la côte,le pays est nu et inculte, les chevaux avancent avec peine dansles fourrés épineux de paliurus et d’acacias. Nous passons à Pla-tamona, forteresse turco-vénitienne, pittoresquement juchée ausommet d’une roche à pic sur la mer. De là la route, — ce motn’a bien entendu qu’un sens tout idéal, — s’abaisse sur les der-nières croupes que la montagne projette vers le sud, dans lariche vallée qui s’évase en demi-cercle entre l’Olympe et l’Ossa ,à l’embouchure du Salamvrias, l’antique Pénée . Nous gagnonsles bords du fleuve classique à travers les belles cultures de maïsde Réchid-Pacha, sous les ombrages des platanes, des bouleaux etdes chênes, qui sont doublement les bienvenus, après une traitesur les flancs de la montagne par un midi d’août. Nous ne sommespas au bout de nos enchantements : par miracle, ce fleuve a del’eau ! Seul, entre ses frères de Grèce , il roule autre chose quedes fleurs de laurier-rose, une belle eau profonde qui pourraittenter des barques. Un magnifique pont turc, de la grande épo-

1. Le brigandage est devenu dans certaines régions de la péninsule des Bal-kans une véritable institution. L’auteur en explique ainsi les causes : « Le ban» ditisme est depuis longtemps un mal endémique dans ces provinces ; bien des» causes assurent son recrutement : la configuration du sol, les émigrations des» tribus circassiennes, la misère grandissante, la surcharge des impôts, le licencie» ment mal réglé des troupes irrégulières. Apres une mauvaise récolte, plus d’un» paysan, à bout de ressources, traqué par les agents du fisc, prend un fusil e»» gagne la montagne ; arrivent d’autre part des Albanais renvoyés du service sans» avoir pu toucher leur paye ; une bande se forme, attend l’occasion et fond sur» un village de la plaine. Le village est frappé d’une contribution de guerre cal-» culée sur sa population; s’il ne s’exécute pas, les riches notables sont emme-» nés en otages. On voit que les choses se passent suivant les règles de l’art mi-» litaire. Plusieurs communes et des habitations isolées échappent à ces razzias» en composant d’une manière permanento avec les klcphtcs, en leur fournissant» des vivres et un abri à l’occasion. Le paysan semble être pour eux, moins par» suite d'une complicité morale que par reflet de la terreur qu’ils font peser sur» les campagnes. »