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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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TURQUIE D’EUROPE .

que de Sélim, à courbe très adoucie, supporté par des arches entiers-point-, nous invite à traverser : invitation fallacieuse, car ilva sans dire que l’une des arches est écroulée au fil de l’eau de-puis des années déjà lointaines. On traverse un peu plus hautsur un bac, et le pittoresque n’y perd rien : hommes et chevauxs’entassent sur la lourde machine, sous un berceau de syco-mores, et atterrissent sur l’autre rive, devant un corps de gardealbanais, qui veille à l’étroite issue de la vallée de Tempé.

» J’approche de la vallée sacrée avec l’émotion classique quilui est due, mais aussi, l’avouerai-je, avec une défiance enracinéepar de nombreuses désillusions. Est-ce l’ouvrage des siècles quia déshonoré les paysages tant vantés de la Grèce antique ? Est-cela riche imagination des Hellènes qui les a parés de grâces ab-sentes? Ce n’est pas le lieu d’agiter cette question délicate. Tou-jours - est-il que fleuves sans eaux, vallées sans verdure, mon-tagnes sans forêts, autorisent souvent le voyageur, embarquésur la foi des poètes, à murmurer le quidquid audet Græcia men-dax. Ici du moins, et pour une fois, faisons à la Grèce , notremère, une éclatante réparation. Elle est charmante, cette gorgede Tempé, encaissée entre ses deux murailles à pic, blottie sousles platanes, ombreuse et silencieuse. Le Salamvrias, ou plutôtle Pénée , — laissons-lui son doux nom d’autrefois, — court enchuchotant sous une arche de verdure continue; le flot jaune etprofond, refoulé dans ce lit étroit, ronge la pierre de la muraillede gauche. La route, telle que l’ont tracée les Romains, serpentesur une mince corniche, au flanc de la muraille de droite. Sou-vent les parois de roches se dressent perpendiculairement à unetelle hauteur que le jour descend à peine dans ces profondeurs.La gorge se prolonge sur une longueur de quatre à cinq kilo-mètres, véritable oasis dans le désert pour le voyageur qui arrivedes croupes brûlées de l’Olympe ou des marais desséchés de laplaine de Larisse. Après six heures de marche à travers la plainedésolée de Thessalie, marais desséché en cette saison, nous entronsdans un grand village de boue, entouré et coupé de cimetièresvagues : c’est Larisse, capitale de la province. Rarement ville aproduit sur moi plus triste impression. Elle" sent la mort, et cecin’est pas pris au figuré. Les alluvions croupissantes du Salamvrias,qui déroule son flot jaune autour de Larisse, chargent de fièvresce triste ciel ; elles sont rendues plus malignes par le mauvaisétat des cimetières turcs qui usurpent un tiers de la ville, chaosde tombes noyées dans la fange, champs de mort en friche, di-