714 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
rait-on, qui n’ont pas ici leur végétation habituelle de plataneset de cyprès. Aux portes du faubourg, des nègres du Soudan campent dans des huttes : ce sont les restes des bataillons qu’AIide Tepelen recrutait en Egypte ; ils ont fait souche ici et continuentà peser sur la terre, comme l’ombre du terrible pacha de Janina.Du moins celui-là faisait vivre le pays, d’une vie sanglante etdure, il est vrai; mais enfin ce n’était pas le silence de la mort.A chaque pas que l’on fait dans ces provinces, des ponts relevés,des routes réparées, des traces d’une volonté énergique, — lachose rare entre toutes sous ce ciel, — témoignent qu’Ali de Te-pelen eût pu faire comme son homonyme d’Egypte , s’il avaitréussi comme lui, un grand organisateur. Aujourd’hui Larisserenferme do vingt-cinq à trente mille habitants.
» Nous traversons à gué le Pénée, bien déchu depuis Tempé,ruisseau fangeux entre des berges de sable. Arrêt au villagede Zarkos, dans une grosse ferme appartenant à un richebanquier de Constantinople . La plaine de Thessalie, qui devraitêtre le grenier des provinces environnantes et du nord de laGrèce , a appartenu un moment à Ali de Tepelen, du droit de laconquête. Quand la Porte eut châtié le paclia rebelle, ses biensfurent confisqués et devinrent pour les sultans une réserve d’apa-nages ; ils s’en servirent pour doter de hauts dignitaires, et laplaine se trouva ainsi morcelée en un certain nombre de grossespropriétés. Plusieurs sont restées aux mains des beys musulmans,leurs héritiers ; d’autres, comme celle de Zarkos, ont été venduesaux financiers de Galala; le palais a récemment concédé lesterres qui lui appartenaient encore à un capitaliste arménien,devenu le plus grand propriétaire de la Thessalie. Quelques-unesde ces fermes nourrissent jusqu’à six cents têtes de bétail. On ycultive le blé, le coton, le tabac, la vigne. Les maîtres chrétiensde ces grandes exploitations font beaucoup pour le développementagricole du pays; on commence à y introduire les machines àvapeur. Tout cela est un peu hâtif, et si ce n’est pas la charrueavant les bœufs, c’est du moins la machine avant la charrue. —Le cultivateur grec est assez laborieux et se fait vite aux amé-liorations dont il saisit l’utilité ; mais sur certains points ses pré-jugés sont extrêmement difficiles à déraciner; il n’irrigue ni nofume ; il fait volontiers la chasse aux arbres, professant la mêmehaine que le paysan espagnol pour la verdure « qui donne lafièvre. » Tous ces cultivateurs sont métayers ; ils gardent lesdeux tiers de la récolte et remettent un tiers au propriétaire, après