744 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Pierre I or (1689-1723), Paine de sa seconde femme, fut le vrai fonda-teur de l’absolutisme des tsars, de l'unité politique, territoriale et reli-gieuse de la Russie , de la grandeur extérieure de l'empire. Plus âgéeque lui, sa sœur, Sophie, appuyée sur le parti féodal, sur les sectes duraskol, et sur la milice turbulente des streltsi, le tint d’abord à l'écartet projeta de le faire périr avec ses fidèles. Pierre se fit un parti parmiles étrangers de son entourage, organisa une petite armée avec ses ba-taillons d'amuseurs, gagna les streltsi à sa cause, et renversa le pouvoirdes Byzantins de la cour. Ainsi affranchi lui-même du joug des ennemisdu progrès, il employa les trente-cinq années de son règne à faire unpeuple de « son troupeau de bêtes. » La Russie n'avaït qu’un port,Arkhangel, sur la mer Blanche , presque toujours gelé. Il enlève Azof auxTurcs, et ouvre ainsi à l’empire une « fenêtre » sur la mer Noire (1696).11 fait un premier voyage en Occident , et prend sur place des leçons decivilisation, qu’il applique à son retour. Il extermine la milice turbulentedes streltsi, réprime une révolte des Cosaques du Don (1706), et engagecontre le roi de Suède Charles XII une guerre acharnée où il apprend,par ses défaites, l’art de vaincre son adversaire. Après la victoire dePoltava (1709) il rétablit sur le trône de Pologne Auguste II , qui devientle protégé de la Russie, et achève la conquête de l'Ingrie , où s'élève déjàsa nouvelle capitale. L’intervention d’une armée ottomane (1711) qui enve-loppa son armée à Ilousch, sur les bords du Pruth , et le força à restituerAzof, ajourna de ce côté ses espérances. Mais après la mort de Charles XII ,le traité de Nystadt, imposé à la Suède , assura au tsar la possession desprovinces baltipues tant convoitées, Livonie, Esthonie, Ingrie, Carélie etFinlande méridionale. Si Pierre échoua en proposant à la France l'alliancede la Russie pendant son deuxième voyage en Occident (1717), il poursuivitses projets du côté de l'Orient; il enleva Derbent et Bakou à la Perse, etoccupa le Daghestan . Ses réformes intérieures furent générales et rigou-reuses. « Pour vaincre la résistance de la nation, » dit M. Rambaud, « là oùa l’exemple du tsar et la persuasion ne suffisaient pas, il déploya l’énergien de son caractère à demi barbare et l’apparat terrible d'un pouvoir absolu ;» il traina de vive force la nation dans la voie du progrès; à chaque pagen de ses oukazes de réformation, on trouve le knout et même la mort. »(La Russie , p. 381.) Réformes sociales, administratives, militaires, ecclé-siastiques, économiques, intellectuelles, son action s’étendit à tout; il com-battit sans trêve les vieux préjugés russes , et frappa sans pitié les enne-mis des institutions nouvelles ; son fils ainé fut mis à la torture et succombapour avoir conspiré contre ses réformes. Pour donner à la Russie nouvelleune capitale exempte de traditions et de souvenirs, il bâtit Saint-Péters-bourg, sur la Néva, comme un pur foyer de civilisation russe et une menacepermanente pour la Suède vaincue et démembrée.
Les successeurs de Pierre (1725-1796). — Sa veuve Cathe-rine I r ° (1723-1727) et son petit-fils Pierre II (1727-1730) maintinrentson œuvre. — Sa nièce Anna Ivanovna (1730-1740), duchesse de Cour-lande, parut céder d'abord à la réaction des boïars, et se laissa quelquetemps imposer une constitution aristocratique; mais son favori Biren ladébarrassa de cette tutelle par un coup d'Etat, exila les chefs de lanoblesse et confia les charges publiques à des Allemands qui développèrentles réformes de Pierre. La Russie intervint dans la guerre de successionde Pologne, et défendit, avec le concours de l'Autriche, Auguste III contrele candidat français Stanislas Leczinski : les troupes russes commandées