780 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
« loppent, comme une foule muette, montant et descendant le long des» murs, marchant par files en panathénées chrétiennes, s'isolant dans une» pose d'une raideur hiératique, se courbant aux pendentifs, aux voussures,» aux coupoles, et habillant le temple d'une tapisserie humaine au four-» nullement immobile. Un .jour, discrètement ménagé, ajoute encore à» l’effet inquiétant et mystérieux. Les grands saints farouches du calen-» drier grec prennent dans cette ombre fauve et rutilante des apparences de» vie formidables; ils vous regardent avec des yeux fixes et semblent vous> menacer de leur main étendue pour bénir. »lin face de l’Assomption s’élève la cathédrale de l’archange Saint-Michelreconstruite en 1307 et restaurée en 1732. Elle est ornée de fresques cu-rieuses et contient plusieurs tombeaux d'anciens souverains. L’une etl’autre sont surmontées d’une grande coupole en cuivre doré, et de quatreautres plus petites. La cathédrale de l'Annonciation porte neuf coupolesdorées, l’église Saint-Sauveur onze, Saint-Nicolas se distingue par unesonnerie de 32 cloches; son campanile érigé en 1600 par Boris Godounofn’a pas moins de 81 mètres de hauteur. On y trouve aussi l’ancien beffroide Novgorod , un gços bourdon qu’on ne sonne que trois fois par an, et surun piédestal au bas de la tour, une énorme cloche pesant 200 000 kilogr.« Le bourdon de Notre-Dame de Paris dont Quasimodo était si fier, ne sem-blerait, à coté de ce monstre métallique, qu'une simple sonnette à servirla messe. » Parmi les monastères, celui des Miracles est un des plus richesde la Russie ; le palais des Patriarches conserve la précieuse bibliothèque duSaint-Synode; le palais Alexandre bâti en 1617 renferme des salles d’ap-parat, éblouissantes d’or et d'argent, de diamants et do pierreries. Nonloin est l'escalier extérieur du haut duquel l'empereur se montre au peupleaprès son couronnement; les Russes l’appellent l’escalier rouge (KrasnoeKrillso). Au nord du Kremlin , le palais des Armures ou le Trésor est unvéritable musée rempli d’une collection d'armes de toutes les époques etde mil le autres objets de prix et de curiosité; en face est l’arsenal de Pierrele Grand devant lequel s’alignent des centaines de canons pris à la guerre.A l'occident s’étendent les jardins et les promenades.
» L’intérieur du palais, résidence des anciens tsars, sembledéfier la description ; on dirait que ses chambres et ses passagesont été fouillés à mesure et sans plan arrêté dans un énormebloc de pierre, tant ils s’enchevêtrent d’une façon bizarre, dérou-tante et compliquée, changeant de niveau et de direction aucaprice d’une fantaisie effrénée. On marche là dedans commedans un rêve, tantôt arrêté par une grille qui s’ouvre mysté-rieusement, tantôt forcé de suivre un étroit couloir obscur dontvos épaules touchent presque les parois; d’autres fois, n’ayantd’autre route que le rebord dentelé d’une corniche, d’où l’onaperçoit les plaques de cuivre du toit et les bulbes des cloche-tons, montant, descendant, ne sachant plus où l’on est, voyantde loin en loin à travers des treillages d’or flamboyer un refletde lampe sur les orfèvreries des iconostases, aboutissant, aprèstout ce voyage intérieur, à quelque salle d’une ornementation