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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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706 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

» Il n’y a que fort peu de propriétaires de puits qui distillenteux-mêmes leur naphte ; la plupart le vendent sur place à raisonde deux kopeks le poud, pris au puits. Ainsi que je l’ai déjà dit,il est amené aux distilleries, soit par des conduits de fonte quivont de Balalianeh à la ville noire, soit dans des outres ou desLarils chargés sur des arbas. L’activité fébrile qui règne autourde tous ces puits est inimaginable. Les ouvriers ont la peaud’une couleur indéfinissable, leurs habits sont perpétuellementimbibés d’huile minérale; aussi, du sol et des gens s’exhale surle plateau une odeur des moins agréables. D’ailleurs la propretéparait bien être le moindre des soucis de ce monde de travail-leurs.

» La fièvre du naphte (comme on disait en Californie la fièvrede l’or) a commencé à s’emparer de tout le monde ici, il y adeux ans. A cette époque remonte l’existence de la plupart despuits. Ce sont principalement des Arméniens qui en sont pro-priétaires. Ils ont fait et font encore dans cette exploitation d’im-menses fortunes, qu’ils décupleraient assurément encore si ledébouché ne manquait pas à l’industrie du naphte * 1 .

» Nous passons plusieurs heures à visiter tout ce coteau sicurieux. Une des choses qui m’ont le plus frappé, c’est un grandlac de naphte, non pas un lac d’eau recouvert d’une couchede naphte, mais bien un lac uniquement formé d’huile miné-rale. Ce lac provient de ce fait, qu’à un certain endroit duplateau au milieu de tous ces puits, il existait une cuvette na-

qui ont été absolument perdus, on n’a pu rien en recueillir. Naturellement, onvenait de très loin pour voir ce curieux phénomène. Le grand-duc Michel, gou-verneur du Caucase, s’en inquiéta lui-même un jour et voulut voir la chose parses yeux. Mais, la veille de son arrivée, le puits cessa subitement de couler. 11resta ainsi inactif pendant trois jours, et l’auguste visiteur s’en alla sans avoirrien vu de ce qu’il voulait voir. Il était à peine parti depuis trois jours que lepuits se remit à jaillir, mais avec intermittence : il coulait six minutes, s’arrêtaitune demi-heure, reprenait sa course pendant six minutes et s'interrompait denouveau durant trente minutes. Dans cette période nouvelle, il déversait encorejusqu’à 11000 pouds (227000 kilogr.) par jour. Cela dura de la sorte une année,au bout de laquelle il se trouva bouché parles sables. Il fallut le remettre à neuf,il fonctionne encore, mais, depuis ce moment, il ne produit presque plus rien.

1. Le pétrole s’expédie par la voie ferrée de Bakou à Poti, et par mer de Bakou à Astrakhan, et par le Volga , jusqu’à Tsaritzin. Là sont des magasins, des fa-briques de tonneaux, des baraquements immenses, et des réservoirs qui con-tiennent plus de ISO millions do litres. Quatre autres dépôts de naphte sontétablis à Moscou, Saint-Pétersbourg , Varsovie, Saralov; 00 trains et 1500-wa-gons-réservoirs, spécialement construits à cet usage, approvisionnent déjà toutela Russie, qui n’est plus tributaire des Etats-Unis , et commencent à faire au pé-trole américain une rude concurrence sur les marches de l’Allemagne et de l'Au-triche. — Sur celte question, voy. le très intéressant ouvrage deM. Fernand Ilue,le Pétrole , son histoire., etc. (Paris , 18S5, in-18).Voy. Tour du Monde, 20 mars 1887.