800 LECTURES EÎ ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,garnis de morceaux de glace, dans le but d’y entretenir unegrande fraîcheur.
» Outre les filets, on se sert d’un grand appareil composéd’immenses câbles de cent mètres de long, auxquels sont assu-jettis des cordages pourvus d’hameçons. Ces câbles, ajoutés lesuns aux autres, sont fixés au fond du fleuve par des ancres etmaintenus à fleur d’eau par des poutres : ce sont des lignes defond gigantesques, dont chaque hameçon peut accrocher un pois-son de trois ou quatre mètres. Aussitôt après notre arrivée, plu-sieurs bateaux vont visiter les câbles, et en moins d’une heure ilsreviennent avec plus d’une centaine de poissons, dont quelques-uns sont d’une taille colossale. Il faut plus d’une barque poursaisir et amener le plus gros de tous. Notre curiosité s’attache âce monstre, et nous décidons de le suivre. On le monte à grandpeine dans une vaste salle meublée d’une centaine de baquets ;là, après lui avoir fendu la tète d’un coup de hache, on lui ouvrele ventre jusqu’à la queue; puis on en tire successivement lesœufs, les entrailles, la vessie et enfin le nerf dorsal appelé vési-ga, avec lequel les Russes font des pâtés dont ils sont très friands.Toute cette boucherie dure un quart d’heure ; avant que l’ani-mal cesse de se tordre convulsivement, les œufs sont préparéspour nous être servis en caviar frais 1 . ■
» Voici comment se fait cette opération : on se sert d’un grostamis pour séparer les œufs des peaux et des veines; on salel’amas d’œufs dans des auges, on le laisse à peu près trois quartsd’heure dans le sel, on le presse ensuite sur des tamis pour
1. La mer Caspienne nourrit des poissons abondants; les pêcheries de lamer Noire sont aussi fort riches. « On peut juger, écrit M. Elisée Roclus, de» l’abondance de la vio animale, pullullant sur les cèles de la Crimée , par ce fait» qu’en 1SG9, la baie de Balaklava se trouva presque emplie par un banc d’an-» chois, que poursuivaient des dauphins. Ne trouvant pas d’issue pour s’échap-» per vers la haute mer, et sans cesse grossi par d’autres amas, le banc finit par*) former comme une masse solide, qui dépassait en maints endroits la surface de» l'eau. Toute la population de Balaklava était occupée à remplir de poissons les» bateaux et les tonnes. Mais bientôt il fallut aussi songer à débarrasser le bassin» des myriades de poissons morts qui s’y trouvaient : des milliers d’hommes, en-» voyés do Sébastopol, travaillèrent à nettoyer les plages do la matière putréfiée» qui l’encombrait; on employa mémo le canon pour chasser les dauphins qui>» bloquaient l’entrée de la baie, empêchant ainsi la fuite des anchois vivants.» Pendant des mois, l’atmosphère fut empestée; une partie des habitants do Ba-» laklava dut quitter la ville pour fuir l’horrible puanteur. » — M. Wilson, chefde bureau du ministère des domaines en Russie estime à 100 millions les produitsde la pèche dans l’empire (en Europe ), dont 60 dans la seule mer Caspienno,16 dans la mer d’Azov, 10 à 12 dans les fleuves et les lacs. Le Volga fournit paran 45000 esturgeons. Certains pécheurs acquièrent en quelques années des for-tunes princières.