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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

les nuages, il ne reste de ce fléau redoutable qu’un aimableruisseau qui murmure à l’ombre des platanes peuplés d’oiseaux.Néanmoins il est en Grèce jusqu’à trois ou quatre fleuves qui,plus fidèles aux traditions classiques que l’Ilissus, recevant aussile tribut des sources que l’été ne tarit pas, gardent deux ou troispieds d’eau toute l’année, mais çà et là dans les endroits lesplus profonds. L’Eurotas est de ceux-là, et quoiqu’il ne couleplus au Plataniste qu’une faible partie des eaux où se baignaientles jeunes Spartiates ; quoique la vallée de Lacédémone ne puisseplus compter sur l’Eurotas comme sur un rempart, néanmoinsc’est encore un fleuve, et qui, comme le Ladon et l’Alphée, mé-rite bien qu’on descende sa gracieuse vallée et qu’on s’arrêtesouvent sous les ombrages de ses rives.

»... Ce qui fait l’originalité de Sparte , plus que l’Eurotas et laluxuriante végétation de la vallée, c’est le Taygète. Le Taygète et le Parnasse sont les plus belles montagnes de la Grèce , maiselles ne se ressemblent pas. Le Parnasse plus régulièrementassis sur sa large base, présente de tous les côtés un profil quivarie peu ; quand on l’a vu de Thèbes, de Sicyone , on peut lereconnaître ; il a aux quatre vents la même poésie et la mêmemajesté ; ces formes nettement accusées sont d’une harmonieparfaite, grandiose sans efforts et sans bizarrerie. Le Taygète étonne davantage, il élève vers le ciel ses pics hardis, plusraides, plus abrupts, plus pittoresques peut-être que les cimesuniformes de la montagne consacrée aux muses... Que j’ai eude plaisir à voir, au déclin d’une belle journée de printemps, lesoleil se coucher derrière ces masses noires, qui empruntaientau crépuscule un singulier caractère d’austérité! C’est alors quel’ancienne Sparte m’apparaissait avec ses mœurs farouches, soncourage indompté, ses lois inexorables. Ce gracieux fleuve, cesterres fécondes, les ombrages de ces vergers devaient préparerles Spartiates aux douces vertus de la paix ; c’est le Taygète quileur communiqua quelque chose de l’àpreté de ses rochers cou-verts de neige. » (Eug. Gandaii % Lettres et Souvenirs d’ensei-gnements, t. I er , p. 337-377 ; Paris , 2 vol. in-8°, Didier.)

1. M. Gandar, né en 1S25 an Ncufour (Meuse ), mort en 1868, élève de l’Ecolenormale supérieure et de l’Ecole d’Athènes (184/-49), professeur de rhétorique aulycée de Metz (1849-55), professeur aux Facultés de Grenoble et de Caen (1855-60),maître de conférences à l’Ecole normale (1861), professeur de littérature françaiseà la Sorbonne (1862-68), a laissé une thèse sur lionsard, imitateur d*Homère etde Pindare (1S54, in-8°); — Bossuet , orateur (1866, in-8°); — Choix de Sermonsde Bossuet (in-8°, 1867); — Lettres et souvenirs d’enseignement (1869.2 vol. in-8°).— Voy. sur Gandar, un art. de Sainte-Beuve , Nouveaux lundis, t. XII.