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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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GRÈCE . 837

Le Magne et les Maïnotes. — Au pied de l’imposant et sombremassif du mont Taygète ou Pentedaclylon, ainsi nommé par les Grecs àcause de ses cinq sommets presque inaccessibles et souvent couverts deneiges, s’étend vers le sud la sauvage contrée du Magne, jusqu’au promon-toire aigu dont la pointe s’appelle ie cap Matapan, « Les côtes du Magne,« rongées, découpées, fouillées profondément par les flots trop fameux» dans les annales de la piraterie, offrent un aspect terrible et désolé. Des» rochers à pic, complètement arides, torréfiés par un soleil brûlant,» semblent interdire aux navigateurs l'abord de ce dangereux pays; les» anfractuosités du roc recèlent çà et là de petits villages, nids d’aigles» suspendus sur les précipices, hérissés de forteresses anciennes, les unes» démantelées, les autres encore debout. La physionomie de cette contrée» n’est pas moins sévère à l’intérieur. Le district qui termine le Magne vers» la mer offre une véritable image du chaos. On dirait que la main des» cyclones a bouleversé, ravagé ce coin du mande. Nulle trace de végé-» tation; quelques maigres troupeaux broutent seulement çà et là, au bord» des précipices vertigineux, une mousse rougeâtre pénétrée de saveurs» salines. Ce district est désigné sous le nom de Kakovouni , la mauvaise» montagne, ou Kakovouli, la terre du mauvais conseil, sinistres appella-» tions que .justifient la nature des lieux et les mœurs féroces, les instincts» de brigandage des redoutables tribus disséminées sur ces roches incultes.« Les Maïnotes se regardent comme les descendants directs des Spartiates,» Il n’en est pas un, du plus fier au plus humble, qui ne prétende remonter» par une filiation directe aux enfants de Lycurgue et de Léonidas. »(E. Yéméniz, Revue des Deux Mondes , i sr mars 1868).

Il est certain que, fuyant les invasions des Slaves, des Bulgares et des Alba-nais, pendant la dernière période de l’empire grec, les habitants de Sparte seretirèrent au sein des cavernes et des rochers du Magne. Ils y rencontrèrentles débris des tribus messéniennes qu’ils avaient eux-mêmes persécutés, etréconciliés par le malheur commun, ils formèrent un seul peuple et repous-sèrent avec succès les assauts des barbares. Les guerriers du Maina, protégéspar la nature même du pays autant que par leur indomptable courage, seconservèrent ainsi purs de tout élément étranger, et quand vint le .jour de lagrande insurrection hellénique, combattirent avec fureur contre les tyransde la Grèce. Mais les Maïnotes, dans la Grèce émancipée, continuèrent àvivre isolés dans leurs montagnes, exerçant la piraterie sur les côtes, et lebrigandage en Messénie, dans les gorges du Taygète et jusque sur les pla-teaux d’Arcadie. Ils ont été longtemps la terreur du Pëloponèse , où leursexploits sont devenus légendaires : la vendetta est leur passion dominante,etTjuand ils ne guerroient pas au dehors, ils engagent souvent entre euxdes luttes implacables. « La population du Magne, douée d’une vigueur et» d'une énergie exceptionnelles, est appelée à devenir une pépinière de» soldats et de marins incomparables, le jour où elle saura comprendre» la liberté sous d’autres formes que celles du brigandage et de la» piraterie. »

Aigion; type» et costumes «le province.

« Le costume national se rencontre de jour en jour plus rare-ment à Athènes ; dans les petites villes, au contraire, une grande