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Tome premier.
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LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES.

Yenise et les craintes d’incendie que cet etat de choses inspirait,furent le mobile qui decida le Conseil des Dix ä transporter a Murano le siege de la verrerie venitienne.

Peu apres leur installation, les verriers de Murano retrouvaientl’art perdu depuis longtemps du soufflage des perles ; puis celui, nonmoins perdu que l’autre pour les verriers modernes, de l’imitationdes pierres precieuses. Des lors, ils approvisionnerent de perles et debijoux faux non seulement l’Europe, mais i’Egypte, la Turquie, l’Inde et la Chine !

11s ne parvinrent, cependant, ä s’approprier les secrets des ver-riers grecs, pour la fabrication des vases, que quand ceux-ci, chassesde Constantinople par le Turc, vinrent les leur apporter; mais ilssurent y greffer des perfectionnements qui rendirent tout a fait [celebres les verreries de Murano . L’un des produits les plus curieuxde ces verreries en ce genre, c’est le vetro di trino, fme dentelle divi-see par de petits blocs d’email blane ou de verre transparent tailles |en diamant et renfermant au milieu une bulle d’air menagee avec unart incroyable.

Les verriers venitiens firent egalement des verres filigranes, äpartir du milieu du xvi e siede, ou environ ; mais ils ne les inventerent ;pas, comme on le repete sans cesse : les anciens Romains en avaient faitavant eux; et non seulement les Romains, mais les Egyptiens , voireles Pheniciens. Ils faisaient aussi, des le meme temps au moins, des f:vases en verre transparent decores de fils colores ä l’exterieur, oü lapate meme semee de poudre d’or, par un procede perdu depuis et *retrouve dans ces dernieres annees par un inventeur franeais,

M. d’Hussey, qui mele ä la pate du verre non seulement l’or, mais l’ar-gent et le platine. Les Venitiens fabriquaient, en outre, des verrescraqueles et irises par l’immersion dans l’eau de la piece Soufflee; desverres nuances de couleurs diverses dans la pate et imitant l’opale, lasardoine, le jaspe, l’agate, etc.; des verres emailles et dores au pin-ceau, l’email ou l’or fixes ensuite au feu; des verres mosaiques oumillefiori, — et des miroirs, cela va sans dire.

La renommee des verriers de Murano etait devenue si grande, quele Conseil des Dix fit tout ce qu’il crut sage pour les retenir dans leurpatrie, dont ils faisaient l’orgueil. II leur confera la noblesse, d’abord;puis leur interdit l’emigration par une disposition legale concue en ;ces termes peu ambigus : « Si quelque ouvrier ou artiste transporteson art en pays etranger, et s’il n’obeit pas a l’ordre de revenir, onmettra en prison les personnes qui lui appartiennent de plus pres;