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LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES
On devine ce qui arriva. Le faux brahmane vola un des diamants,le temps lui ayant probablement manque pour en faire autant de l’autre,et s’enfuit. Comment il Ie vola, il y a dix versions differentes; a qui etcombien ille vendit, lesauteursne sont pasplusd’accord surce point quesur le precedent. Nous n’essayerons pas de percer ce mystere, de peurde decouvrir que le voleur n’existait pas plus que le vole, et que noüsn’avons pas affaire a autre chose qu’une simple legende, applicable — etappliquee, en effet, — ä d’autres diamants aussi bien qu’ä l’Orloff. Ge quinous le fait plus craindre encore, c’est que Nadir-Shah , qui en devintl’acquereur, d’oü qu’il vint, en possedait un second de meme grosseuret beaute, comme si le Brahma de Pondichery lui avait apporte sonsecond ceil en personne ; et que ceux qui plus tard le volerent ne parais-sent pas s’etre soucies de ce second diamant du monarque persan, aumoins aussi beau que l’autre, a en juger par son nom de Soleil desniers.
Quoi qu’il ensoit, quand Nadir-Schah perit, en 1747, victime d’unesedition militaire, tous ses joyaux (le Soleil des mers excepte, puis-qu’onn’en parle pas) tomberent aux mains de ses meurtriers, qui envoye-rent un des leurs a Bassora , une couple d’annees apres, faire des olfresau riche joaillier armenien Shafras, en le priant de se transporter äBagdad pour traiter de l’achat de nombreuses pierreries d’une granderichesse. Shafras se rendit a Bagdad , fit un choix parmi les joyauxqu’on lui öffrait et paya ce qu’on lui demandait sans en rien rabattre,attendu que le prix demande etait fort au-dessous de la valeür reelle de lamarchandise; le tout, compris, comme de raison, la Lime des montagnes,ne lui ayant pas coüte 300,000 francs. Shafras savait fort bien ce qu’ilachetait; aussi, par mesure de prudence, cacha-t-il avec le plus grandsoin le precieux diamant, qu’il n’exhuma que douze ans plus tard pouraller 1’offrir par le monde. •
L’infortune joaillier ne put mener a bien de Tongtemps la delicatetransaction si longuement meditee; mais c’est que ses pretentionsn’etaient pas minces non plus, comme on le verra tout ä l’heure. Il serendit d’abord ä Constantinople, puis visita le Portugal, l’Espagne , laFrance , l’Angleterre, mourant de fatigue et de faim, les vetementsbientot en guenilles, avec son diamant d’une valeur de plusieursmillions cache dans son bonnet dechire et graisseux : aucun des sou-verains auxquels il reussissait a transmettre ses offres ne voulutaccepter ses conditions, ou peut-etre ne le put. A Yienne, il ne fut pasplus heureux. 11 se rendit alors en Hollande, oü il reussit au moins aobtenir quelques secours de marchands de finde auxquels son nom