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Tome premier.
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SITUATION ACTUELLE DE L’ORFEVRERIE .

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Bien peu deja parmi nos meilleurs fabricants savent employer utile-ment les collaborateurs qu’ils ont chez les ciseleurs, les graveurs, lesemailleurs, les peintres, les nielleurs, les fondeurs, les lapidaires, lessertisseurs , les incrusteurs, les doreurs, les reperceuses et les centautres mains qui s’offrent a eux. Gette infinie division du travail, quiest un progres au point de vue economique, est un embarras pour lacomposition ; car Pinventeur qui n’est pas verse dans chacune de cesspecialites ne pourrait pas, comme autrefois Benvenuto, en parier ets’en servir tout ensemble. »

Cependant l’orfevrerie religieuse souffre peu de cet etat de choses,meme de la grande division du travail si fatale ä l’orfevrerie civile;c’est que l’artiste a sous les yeux, dans ce cas, des modeles a peu presimmuables, non qu’il soit impossible de modifier l’architecture despieces destinees au service du culte, mais parce que les plus heureusesmodifications seraient difficilement acceptees et meme regardees parquelques esprits etroits comme une sorte de sacrilege. Gette depen-dance de l’artiste, qui pouvait etre sa perte, a ete au contraire le salutde l’orfevrerie religieuse; tandis que l’independance de l’orfevreriecivile est devenue un veritable « devergondage », que M. Falize deploreen ces termes :

« Get art, qui jouait un si grand role dans la societe ancienne, estconsiderablement dechu. — II ne vit plus que de formes banales, quetendent ä repandre de plus en plus les procedes de fabrication econo-mique. — Les ouvriers orfevres deviennent rares. — II n’en est plusbeaucoup qui sachent toutes les ressources de l’etat. — Le travail sedivise et specialise de plus en plus, et Pon.peut affirmer malheureuse-ment qu’il est aujourd’hui peu d’orfevres a qui n’en saurait remontrer,le marteau en main, un simple chaudronnier. — Le mauvais goütpublic s’attache aux formes unies, aux profils ä l’anglaise; — ondelaisse les ciselures et les figures modelees ; — on remplace les bas-reliefs repousses par des ornements estampes ou fondus, fort impar-faitement ragrees, et c’est ä la maison Christofle, qui, par ses origines,semblait devoir achever la ruina de l’orfevrerie francaise, puisqu’ellen’en devait faire que des reproductions galvanoplastiques äbon marche,qu’on doit les seuls progres marquants. »

Ges plaintes sont peut-etre exagerees, mais c’est dans un butlouable. M. Falize se plaint d’ailleurs avec trop juste raison, parexemple, qu’aujourd’hui on ne sait plus, en bijouterie comme en orfe-vrerie, dessiner ni modeler la figure humaine comme aux grandesepoques, et que, dans la collaboration du sculpteur, l’idee premiere de