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Tome premier.
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citoyens desirail qa’on revint sur cetieaffaire. L’assemblee fut aussitöt formee:il s’ouvrit des opinions differentes. Ce-lui qui, la premiere fois, avait fait passerle decret de morl, Cleon, fils de Clee-nete, toujours le plus violent des ci-toyens, et l’homme qui avait alors leplus d’ascendant sur lepeuple, se pre-senta de nouveau et parla ainsi :

Chap. 57 . « J’ai ddjä reconnu bien desfois, et en d’autres circonstances, qu’unelat democralique ne peut pas, hors deses limites, exercer l’empire : vos va-riations dans l’affaire des Mityleniensme confirment dans mon opinion. Vi-vant entre vous avec franchise et dansune parfaite securite, vous conservez lememe caraclere avec vos allies, ne son-geant pas que les fautes oü vous entrai-nent et une imprudente clemence et deperfides insinuations, vous compromet-tent sans inspirer de reconnaissance.Vous ne considerez donc pas que votredomination est un pouvoir usurpe surdes hommes libres; que, de plus, ilsconspirenl contre ce pouvoir; que s’ilsplient sous votre atitorile, vous le devez,non ä des menagemens qui vous devien-nent nuisibles, mais ä l’ascendant devotre puissance, plutöl qu’ä leuraffec-tion. Le plusgrand mal, c’est que nosdecrets n’aient rien de fixe; que nousperdions de vue qu’un 6tat se soutientmieux avec des lois vicieuses, mais in-variables , qu’avec de bonnes lois quin’onl pas de stabilite. La mediocrilemodeste est preferable au talent qui neSupporte pas de frein. En general, deshommes ordinaires gouvernent mieuxles etats que les hommes superieurs.Ceux-ci veulent se montrer plus savansque les lois, et faire prevaloir leurs ideessur les avis successivement ouverts,comme s’ils ne pouvaient jamais trouverde plus belles occasions de montrer leurräprit : orgueil qui bien souvent a mis

LIV. III.

l’etat en danger. Mais ceux qui se d<5-fient de leur intelligence, croient en sa-voir moins que les lois, et avoir trop peude talent pour oser censurer l’orateurqui parle bien. Ilsfont raremenl des fau-tes , parce qu’ils ecoutent un avis avecl’impartialite d’un juge, plutöt qu’avecles preventions d’un rival.Voilä nos mo-deles. Mais n’allons pas, au milieu d’unevaine lulte, fiersd’une eloquence et d’unesubtilite funesles, donner ä la multitudedes conseils coniraires ä une resolutionque vous avez prise en commun.

Chap. 38. « Pour moi, je persistedans mon opinion, et j’admire qu’onpropose de remetlrc en deliberalion l’af-faire des Mityleniens, et de nous faireperdre un temps precieux en delais quitournent ä l’avantage des coupables :car l’offense qui ne se venge pas sur-le-cbamp, n’oppose plus ä 1’ofTenseur quedes armes emoussees, tandis que la ven-geancequi suit de pres l’outrage, fortealors de son activite, porte des coupsassures. J’admire aussi quiconque oseramecontredireetentreprendrededemon-trer que les attenlats des Mitylenienstournent ä notre avantage, et nos reversau deirimcnt de nos allies. Vain de soneloquence, l’orateur, entrant dans lalice, s’efforcera de prouver qu’un decretrendu d’une maniere decisive n’estpasun decret; ou bien , seduit par l’appätdu gain, il preparera, avec tout l’artpossible, un discours honnete en apparence, et lentera de vous amener ä unparti tout different de vos premieres re-Solutions. Cependant l’etat decerne desprix aux vainqueurs de ces lüttes, dontil neprend pour lui-mömeque le danger.La faule, Alheniens, en est ä vous quivoulez ces funestes jeux, ä vous qui avezcoutume de vous faire spectateurs dediscours et auditeurs d’actions; vous quijugez de la possibilite des choses ä venird’apres ce que vous en disent des par