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Tome premier.
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TIIUCYDIDE, UV. III.

leurs diserts,et qui, sur un fait, vous fiezmoins ä ce que vos yeux ont vu qu’auximpressions flatteuses que produisentsur vos oreilles des orateurs eloquensdans leurs harmonieuses censures; vousdont l’esprit, rebelle aux idees univer-sellement regues, se laisse si facilementsediiire par les idees neuves; vous, par-tisans aveugles de tout ce qui est extra-ordinaire, pleins de dedain pour tout ceque l’usage a consacre : voulant tousbrillerparle talentde la parole, sinonresislanl ä ceux qui le possedent, pourne point paraitre ceder ä une idee sug-geree; ou bien encore, applaudissant äun trait ingenieux avant meme q.u’il soitlance; aussi prompts ä deviner l’orateurque lents ä prevoir les consequences deson brillant discours; cherchant, pourainsi dire, tout aulre chose que ce quiest au milieu du monde oü nous vivons,et n’ayant pas mfime une idee juste dece qui nous environne; esclaves en unmot de quiconque charme nos oreilles,et ressemblant plus ä des spectateursassis pour entendre des sopliismes qu’ädesciloyens qui deliberent.

Chap. 39. « Pour changer, s’il estpossible, ces funestes dispositions, jevous denonce les Mityleniens commeformant ä volre egard une classe louteparticuliere de coupables. Je pardonne-rais ä des malheureux qui, ne pouvantsuppovter la pesanteur de votre joug, oucontraints par vos ennemis, se seraient;tioignesdevous; maisquedesinsulaires,protegfe par de fortes murailles, quin’avaient ä craindre d’boslilites que ducöle de la mer, qui möme de ce cötetrouvaient dans une flotte bien appa-reillde un moyen süffisant de defense;que des hommes mainlenus par nousdans tous leurs Privileges, par nouseomblds de distinetions et d’bonneurs,aient tenu une semblable conduite, jedirai, non qu’ils se sonl separes de nous,

ce qui serait pardonnable ä des oppri-mds, mais qu’ils nous ont trahis, qu’ilsont cherche ä nous perdre en se liguantavec nos plus cruels ennemis. Certes,leur crime est plus odieux que si, forlsetpuissans par eux-memes, ils eussent ar-bore isolement l’etendard de la revolte.Le malheur des autres allies, que nousavons asservis pour les punir, ne les apoint eclaires, et le bonheur de leurSituation presente ne les a pas empechesde se precipiter dans les liasards. Deve-nus audacieux contre l'avenir, esperantplus qu’ils ne pouvaient et moins qu’ilsne voulaient, ils se sont armes contrenous, et ont prefere la voie de la violenceä celle de l’equite. En effet, des qu’ilsont cru pouvoir l’emporter, ils nous ontattaques sans avoir recu d’offense. D’or-dinaire les etatsqui toutäcoup viennentä jouir d’un bonheur inallendu, se li-vrent ä lapresomption et ä l’ignorance:le bonheur dont l’homme est redevableä la sagesse est bien mieux assure quecelui qu’il ne doit qu’aux faveurs ines-perees de la forlune; et l’on peut direqu’il est plus aise de repousser l’adver-site, que de rendredurable la prosperite.11 aurait fallu que, des long-temps, lesMityleniens n’eussent pas obtenu presde vous plus de consideration que lesautres; ils n’en seraient pas venus ä cepoint d’arrogance : car il est naturel äl’homme de mepriser qui le caresse, etde respecter quiconque lui resiste. Au-jourd’lmi, du moins, que leur chätimentegale leur crime, n’accusez pas les par-tisans peu nombreux deroligarchiepourabsoudrele peuple. Tous nous ont ega-lement attaques, puisqu’ils pourraient,s’ilsavaient embrasse nolre parti, vivremaintenant en paix dans leurs foyers. Ilssont tous complices, puisque tous ils ontjuge plus sür de courir meines liasardsavec les parlisans de l’oligarcbie. Cepen-dant prenez garde : si vous infligez la

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