220 TIJUCYDIDE, LIV. III.
d’apres le möme Systeme, lorsque, dans]a suite, les Atheniens marcherent con-tre les Ilellenes, seuls entre les Beotiens,ils se declarerent pour les habitans del’Attique. Au reste, considerez quelleetait la Situation respective de nos af-faires , lorsque chacun de nous se deter-mina. Le gouvernement de nolre eiten’etait alors ni une Oligarchie reguliere-ment consliluee, ni lademocratie; mais,ce qui est l’6tat le plus contraire ä uuesage legis! ation et ä la raison, et le plusvoisin de la tyrannie, nous elions sou-mis ä la dominalion de quelques ambi-tieux. Ces oppresscurs, se flattant d’af-fermir leur pouvoir si le Mede etait vain-queur, lui ouvrirentles portes malgre lepeuple qu’enchainait la crainle. Puis-que la republique ne jouissait pas alorsde son independance, il serait injuste delui reprocher une faute commise enl’absence deslois. Mais, apres la retraitedes Medes et le retablissement de l’ordrelegal, quand ä leur tour les Athenienstenterent une invasion, et qu’ils cs-sayerenl de soumettre et notre pays etle reste de l’IIellade; quand, ä la faveurdes divisions, ils en avaient envahi dejäune grandc partie, alors, victorieux äCoronee, n’avons-nous pas delivre laBeotie? Et mainlenant manquons-nousde zelc pour vous seconder, et rendreaux aulres la libcrle, nous qui four-nissons plus de cavalerie et de tout cequi est necessaire ä cetle noble entre-prise, qu’aucun des allies? Voilä notrereponse au reproche d’avoir ete parti-sans de Medes.
Ciiap. 63. « Que vous-memes, Pla-teens, vous avez fait beaucoup de malaux Ilellenes, et qu’il n’y ait pas de sup-plice que vous ne meritiez, c’est ce quenous allons essayer de prouver. C’est,dites-vous, pour repousser nosattaquesque vous etes devenus allies et eitoyensd’Athenes. II fallait donc exciter les
Atheniens contre nous seuls, sans mar.eher avec eux contre d’aulres peuplesde 1’IIellade; et s’ils vous entrainaientmalgre vous dans quelques entreprises,il ne tenait qu’ä vous de reclamer cettealliance que vous aviez contraetee avecLacedemone contre les Medes, et quevous failes tant valoir. Elle suflisait sansdoule pour vous mettre ä l’abri de nosatlaques, et, ce qui est bien important,pour vous mettre au-dessus de toutecrainle dans vos deliberations. Mais,nous le repclons, c’est de votre propremouvement, et sans nulle contrainte,que vous avez prefere l’alliance desAtheniens. Et vous dites qu’il eüt etölionteux de trahir des bienfaiteurs! Cer-tes, il etait bien plus honteux et bienplus injuste de trahir tous les Ilellenes,ä qui vous liaient vos sermens, que lesseuls Atheniens. Ceux-ci asservissaientrilcllade; les autres combattaient pourl’affranchir. Vous leur avez temoigneune reconnaissance qui n’etait ni propor-tionnce aux bienfaits rer;us, ni exemptede blame : car, ä vous entendre, vousne les appcliez que pour vous souslraireä l’oppression, et vous deveniez com-plices de leur tyrannie. Est-il donc plushonteux de ne pas egaler la reconnais-sance aux Services re<;us, que d’aequilterdes dettes avouees, il est vrai, par lajuslice, mais que l’on paye ä l’injustice?
Chap. 64. « Certes, vous avez mon-tre assez clairement que si autrefois,seuls, vous ne suivites pas le parti desMedes, ce fut parce que les Atheniensne l’embrassaient pas, et non par bien-veillance pour l’Uellade. N’ayant vouluqu’imiler les uns et faire le contraire dece que faisaient les autres, vous pre-lendezaujourd’hui tirer avantage d’unebravoure de servitude : mais ccla n’estpas jusle. Vous avez embrasse par choixle parti des Atheniens; defendez-vouspar leur secours, et n’alleguez pas les