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TIIUCYDIDE, UV. III.
qu’ils jugeaient ennemis, leur repro-chant d’avoir voulu renverser le gou-vernement populaire. Plusieurs peris-saient viclimesd’inimitiesparticuliercs',des creanciers etaient sacrifies par leursdebiteurs. La mort se presentait soustoutes les l’ormes. Toutes les horreursqui d’ordinaire accompagnent de tellescirconslances furent commises ct memosurpassees; le pere assassinait son fds;on arrachait sa victime aux asilcs sacres,on la frappait dans les hierons memes;quelques-uns perirent mures dans l’hie-ron de Bacchus : tant fut horrible celtesedilion! Elle leparut encore davanlage,en ce qu eile elait la premiere dont Cor-cyre eöt ete le theätre.
Ciup. 82. Bientöt l’Hellade fut pres-que tout entiere ebranlee. Elle se trouvadivisee en deux factions. Celle du partipopulaire invoquait Athenes; celle dupetit nombrc, Laceddmone. On n’auraileu pcndant la paix ni prelexte ni faci-lite de reclamer des secours: mais, dansla guerre , les hommes avides de nou-veautes se procuraient aisemcnt des al-lies, autam pour nuireä la faclion con-traire, que pour accroitre leur puis-sance. Les sedilions amenerent ä leursuite dans les villes beaucoup de rnauxqm les accompagnent d’ordinaire, ctqui lesaccompagneront aussi long-tcmpsque la nature humaine sera la meine,mais toutelois avec des caracteres plusou moins graves, plus ou moins va-i'ies, suivant la diversite des conjonc-tures. En eilet, pcndant la paix, et ausein de la prosperile, les etats et lespiii'ticulicrs sonl animes d’un meilleuros piit, parcc qu’ils ne tombent pas end imperieusesnecessites; maislaguerre,quidetruit l’aisancejournaliere, maitrev mleni dans ses lepons, plie aux cir-constances les moeurs du plus granduombre. Les seditions agitaient doncks villes, et celles que l’esprit de dis-
corde gagnait un peu plus tard, in-! struites au crime par le recit des crimesiantdrieurs, portaient loin l’exces desnouveautes ä imaginer, soit dans lacombinaison des attaques, soit dansl’atrocite des vengeances. La significa-tion ordinaire des mots qui servenl äcaracteriser les actions, fut changee con-formemcnt au nouveau Code de justice.L’audace inconsideree fut trailee de zeleintrepide pour ses amis; la lenteur quiprevoit, de crainte decoree d’un beaunom; la moderation fut appelee pusil-lanimite; une prudence soutenue, lavertu des hommes cjui ne sont bons ärien. La folle precipitalion fut regardeecomme le propre des hommes coura-geux. Deliberer avec sagesse, afin de nerien hasarder imprudemment, c’ötaitun pretexte honnele pour ne pas s’enga-ger. L’homme empörte etait un hommesür; celui qui lecontredisait,unhomme| suspect. Ourdir les trahisons et reussir,
| annom;ait de l’habilete; les prevenir,c’elait pvouver bien plus d’esprit. Pren-dre d’avance ses mesures pour n’avoirbesoin ni de recourir ä la ruse ni de ladejouer, c’elait se monlrer ami deloyal! et timide ennemi. Prevenir un adver-saire dispose a nuire, solliciter au malcelui qui n’y songeait pas, merilaitega-lement des eloges. On preferait les ami-lies de parti a celles de parenle, comme! plus preles ä tout oser sans jamais pre-i texter aucune excuse. En effet, ces asso-ciations ne se faisaienl pas dans l’inlertitdes lois etablies; l’ambition seule lesformail contre les lois. Ceux qui en-traient dans les ligues fondaient leurconfiance, non pas sur le nom des dieux! attestes par serment, inais sur la com-- plicite des crimes. La faction contraire: faisait-elle de sages propositions, on les, adoptait, non par generosite, mais pour; voir si les actions repondraient aux pa-i voles. On preferait le plaisir de se ven-
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