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Tome premier.
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228 THUCYDIDE

ger ä la satisfaction de n’avoir pas re$ud’offense. Les sermens de reconeiliationetaient respectes pour le momenl, parcequ’on se trouvait dans une crise vio-lente, et qu’on n’avait pas d’autre res-source : mais, ä la premiere occasion,on gagnait les devans; on frappait sonennemi sans defense, et l’on trouvait,precisemenl ä cause de la bonne foi vio-lee, sa vengeance bien plus douce quesi l’on eüt attaque ä decouvert. Outrel’avantage de setre ainsi venge sans pe-ril, on avait fait preuve d’habilete entriomphanl par surprise : car, pour l’or-dinaire, on accorde plus facilement ä laperfidie le nom d’habilete, qu’ä lasim-plicite celui de probite. Aussi voit-onsouvent les hommes rougir de la bonnefoi et faire gloi re de la perfidie. La sourcede tous ces maux etait dans ce desir deCommander qu’inspirent l’ambition etla cupidit*5, principes d’oü nait l’ar-deur de tous les hommes que la riva-litt: met aux prises. Ceux, en effet, quidans chaque ville tenaient le premierrang, decorant de noms lionorables unedomination usurpee, et se proclamantdefenseurs, les uns de l’egalite polili-que, bienfait du gouvernement po-pulaire, les autres d’une aristocratiemoderee, faisaient tous de l’etat qu’ilsaffectionnaient, ä les entendre, le prixde leurs deplorables lüttes. Mettant touten oeuvre pour se supplanter les unsles autres, leur audace ne reculait de-vant aucun exees, leur cruaute allaittoujours Croissant. Marchant de rigueursen rigueurs, n’envisageant ni la justice,ni Linieret public, leur vengeance nes’arretait qu’au gre de la passion. Re-courant, pour le maintien de leur puis-sance, tanlöl ä des jugemens dont l’im-quite se couvrait de formes legales,tantöt ä la force ouverte, ils se mon-.raient toujours pretsäassou vir la fureurdu moment, en sorte qu’ils abjuraient

, uv. III.

les uns et les autres tout sentiment reli-gieux, et que les plus estimfe etaientceux ä qui il arrivait d’obtenir uneclatant succes en parant leurs actionsde noms honnfttes. Les plus mod6resperissaient victimes des faclions, ouparce qu’ils refusaient de combattreavec elles, ou parce qu’on les voyaitd’un oeil jaloux se metlre ä l’abri desdesastres publics.

Chap. 83. L’IIellade fut donc infesteede tous les genres de malheurs et de cri-mes. La confiance, ce sentiment si natu-rel aux ämes nobles, ne fut plus qu’unridicule et disparut. Nourrir dans soncoeur une defiance qui armait les ci-toyens les uns contre les autres, etaitpresque un mal universel. Rien ne pou-vait rapprocher les esprits; ni l’entrai-nement de l’eloquence, ni les sermensqu’on ne craignail plus de violer.Tous,trop habiles pour ne pas sentir l’impos-sibilite de compter sur quelque chosede stable, songeaient plus ä se mettre äl’abri du peril le plus imminent qu’ä seCommander le senti ment de la confiance.Ceux qui avaient le moins d’avantagesdu cöte de l’esprit, etaient ceux quireussissaient le mieux. En effet, parcelarnöme qu’ils redoulaient leur propreinsuffisance, et l’adresse d’ennemis ouplus puissans par leur eloquence, ouplus astucieux et plus prompts ä teadredes pieges, se portaient brusquement ädes coups de main : les autres, au con-traire, meprisant meme les trames qu’ilspressentaient, et jugeant qu’il est inu-tile d’agir lorsqu’on a l’habilete de pre-voir, se trouvaient surpris sans defenseet succombaient plus facilement.

Chap. 84. Corcyre olfrit donc la pre-miere le spectacle de tous les exces. Onvit tout ce que peuvent entreprendre,pour se venger, des malheureux long-temps gouvernes avec une insolence ty*rannicjue, au lieu d’elre traitesavec i»0