THÜCYDIDE, UV. III.
238
Chap. 140. On vint annoncer ä De-mosthene et aux Acarnanes que les Am-praciotes de la ville, sur le premiermessagc par lequel on leur avait de-mande du secours, venaient en massc,par le pays des Ampliiloqucs, sejoindrcdans Olpes ä leurs concitoyens, sansrien savoir de ce qui s’etait passe. II en-voya aussitöt une partie de son armecse mettre en embuscade sur leur routeet occuper les postes les plus forts; lui-memese tint pret ä marcher conlre euxavec le reste.
Ciiap. 111. Cependant les Manti-ndens, et tous ceux avec qui l’on avaittraite, sorlirent du camp par petitesIroupes, affectant de ramasser des her-bes et des broussailles; mais une foiseloignes d’Olpes, ils se retirerent preci-pilamment. Les Ampraciotes, et tout cequ’il y avait de troupes rassemblees, nes’aper^urent pas plutöt de leur depnrt,qu’ils se mirent eux-memescn mouve-ment, impatiens de les atteindre. D’unautre cöte, les Acarnanes, croyantd’abord que tous se retiraient sans ac-cord, se mirent ä la poursuite des Pelo-ponnesiens; plusieuis meine, se croyanttrahis, tirerent sur quelques-uns deleuTs chefs qui les relenaient, leur re-presentantqueceltcretraileelaitla suited’un traite. Enfrn, cependant, on laissapasser ceux de Mantinee et les Pelopon-nesiens; mais on egorgeait les Ampra-ciotes. II s’elevait de grandcs contesta-tions pour savoir qui etait d’Ampracieou du Peloponnese. On lua plus de deuxCents hommes; le reste se refugia dansI’Agra'ide, pays limitrophe. Ils furcnlbien re$us par Salynthius, roi desAgreens, qui leur etait favorable.
Chap. 112. Les Ampraciotes de laville arriverent ä Idomene. On appclleainsi deux coliinesassez elevees La plusconsiderable fut occupee par des soldalsque bemostheue envoya de nuit, et qui
s’en emparerent sans etre aperr;us. LesAmpraciotes, montes les premiers surl’autre, y camperent. PourPemosthene,il se mit en marcheapresle rcpas et desla chute du jour: lui-meme conduisaitla moitie de l’armee pour engager l’ac-tion; l’autre prit sa route par lesmon-tagnesd’Amplnlochie. Au point dujour,il lomba sur les Ampraciotes encore aulit. Ignorant ce qui s’etait passe, ilscrurent amies les troupes qui s’avan-$aient. Demosthene avait adroitemenlplace aux premiers rangs les Messeniens,et leur avait ordonned’adresserla paroleaux ennemis, pour faire entendrc leurlangue, qui est la dorique, et pour ins-pirer de la confiancc aux gardes avan-cees. D’ailleurs il faisait encore nuit, etl’on ne pouvait se reconnaltre. Il n’eutdoncqu’ä tomber sur leur armee pourla mettre en fuitc: il en tua unegrandepartie; le reste se sauva sur les monta-gnes. Mais les chcmins etaient inter-ceptc’s. Les Ampliiloqucs, psiles, con-naissaient le pays, qui etait le leur, ctavaient affaire ü de malbeureux hoplilesqui n’enavaient nulleconnaissance. Lesfuyards, ne sacbanl oü se refugier, lom-baient dans les ravins, donnaient dansdes embuscades oü on )es egorgeait.Cherchanl tous les moycns de fuir, plu-sieurs allerent jusqu’a la mcr, qui n’6-tait pas fort eloignee. Ils voient la flotteathenienne qui, par un singulier con-cours de circonstances, rase en cemo-mcnt la cöte: ils la gagnent ä la nage,aimant mieux, dans la terreur qu’ilseprouvenl, inourir de la main des Atlie-niens qui sont sur ces vaisseaux, que decelle des barbares et de leurs plus cruelsennemis, les Amphiloques. Tels fureutles maux qui accablerent les Ampra-ciotes: de tant de monde qu’ils etaient,peu rentrerent dans leur ville.Les Acar-nanes depouillcrenl les morts, dresse-ventdestvophees etvelournerentiiArgöS.