RETRAITE DES DJX MILLE. — LIV. II.
jusqu’au cnamp ue bataille. En quatre-vingt-treize marches , eile avait faitcinq Cent trente-cinq parasanges ouseize mille cinquante stades; et I’on ditque du champ de bataille ä Babylone,il y avait trois cent soixante stades.
6. La nuit etant survenue, Miltocy-tlies,Thrace, desertaet passaäl’armeeduroi avec quarante cavaliers thraces qu’ilcommandait et trois Cents soldats ä pcupres de la möme nation. Clearque con-duisit le restede l’armee comme il avaitannonce. On le suivit et Ton arriva versminuit au camp d’avant la bataillequ’occupaienl Ariee et ses troupes. LesGrecs ayant pris leurs rangs, et poseainsi les armes ä terre, leurs generauxet leurs chefs de lochos allerent trouverAriee. Les Grecs, Ariee et les princi-paux de son armee se jurerent de nepoint se trahir les uns les aulres, maisde se secourir loyalement en tonte oc-asion. Les Barbares jurerent de plusqu’ilsconduiraient les Grecs sans fraudeni embuches. Ces sermens furenl pro-feres aprtis qu’on eut immole un san-glier, un (aureau, un loup et un be-üer; les Grecs trempant leurs epees, etles Barbares leurs lances, dans un bou-cber plein du sang des victimes. Apressdlredonne reciproquemeut ces assu-rances de fidelite, Clearque parla ainsi:«Puisque nous entreprcnons ensembleb m6me retraite, diles-nous , Ariee ,ce que vous pensez sur la route qu’ilnous faut suivre? Choisirons-nous celleque nous primes en venant, ou eninraginez-vous une meilleure?— Nousmourrions de faim, repondit Ariee, sinous revenions par le möme cbemin :*1 ne nous reste plus de vivres. Danslesdix-sept dernieres marches que nousavons faites pour arriver ici, nous n’a-v °ns rien trouve dans le pays, ou nousavons consomme en passant le pen quiV ntait. Mon projet est de me retirer
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par un cbemin plus long, mais mieuxapprovisionne. 11 nous faut faire, lesPremiers jours, des marches aussi Ion-gues qu’il sera passible, pour nouscloigner de l’armee du roi; si nousgagnons une fois sur lui deux ou troismarches, il ne pourra plusnousjoindre.Car nous suivre avec peu de troupes,c’est ce qu’il n’osera pas; avec un grandnontbre il ne pourra avancer autant,et peut-Ptre l’embarras des vivres levetardera-t-il encore : lei est, dit Ari6e,mon avis. »
7. Ce projet des generaux ne lendaitqu’ä echapper au roi ou ä le fuir. La for-tune conduisit mieux les troupes. Desque le jour parut, elles sc mirent enmarche, le soleil luisant ä leur droile.On comptait qu’au coucher de cet astreon arriverait ä des villages de Babylo-nie, et en cela on ne se trompa pas. Versle soir, on crut voir de la cavalerie en-nemie. Ceux des Grecs qui n’etaientpas dans leurs rangs , coururent lesreprendre. Ariee, qui etait monte surun chariot, parce qu’il etait bl esse,mit pied ä terre, prit sa cuirasse, eteeux qui l’entouraient en firent autant.Pendant qu’ils s’armaient, revinrentles gens envoyös ä la decotiverte. Ilsrapporterent qu’il n’y avait point decavalerie, et que ce qu’on voyait 6taitdes böles de somme qui pdturaient.Tout le monde eonciut aussitöt que leroi campait prös de ld, d’autant qu’ilparaissail s’elever de la fumöe de quel-ques villages peu eloignes. Clearque nemarcha point a l’ennemi. Il voyait queses troupes etaient lasses, ä jeun, etqu’il se faisait tard. Il ne se detournapoint non plus de peur d’avoir l’air defuir : mais, s’avan<;ant droit devantlui, il fit camper la töte de la colonnesur le lerrain des villages les plus voi-sins. L’armee du roi en avait tout en-levö, jusqu’aux bois dont les maisons