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Tome premier.
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RETRAITE DES DIX MILLE. — LIV. II.

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jours de niarche, vingt parasanges. Onarriva au fleuve Physcus, large d’unplethre. Un pont.le Iraversait. En cetendroit etait aussi unegrande ville nom-mee Opis, pres de laquelle les Grecsrencontrerent un freie bätard de Cyruset d’Arlaxerxes, et une armee nom-breuse qu’il amenait de Suze et d’Ecba-tane pour seeourir le roi. II fit fairehalte ä ses troupes et regarda passer lesGrecs. Clearque etait ä leur töte, et lesfit defiler deux ä deux. De temps entemps il s’arretait. Tant que la töte delacolonne faisait halte, le reste de l’ar-mee le faisait necessairement aussi, ensorte que les Grecs eux-mömes trou-vaient leurs troupes plus nombreuses,et que le Perse qui les considerail enfut frappe d’etonnement. De lä en sixmarches on fit trente parasanges ä tra-vers les deserts de la Medie, et Ton ar-rha dans le domaine de Parysatis,meredu roi et de Cyrus. Tissapherne,pourinsulter aux mänes de ce prince,permit aux Grecs d’y piller les villages,et leur defendit seulemcnt de faire desesclaves. II y avait beaucoup de ble, demenu belail et d’autres effets. Puis onfit en cinq marches vingt parasangesdans le desert, l’nrmee ayant le Tigre äsa gauche. A la premiere de ces mar-ches, on vit sur l’autre live du fleuveune ville grande et florissante nonuneeCaenes, d’oü les Darbares, sur des ra-deaux faits avec des peaux, apporterentä l’armeedes pains, du fromage et duvin.

20. On arriva ensuile sur les bords du •fleuve Zabate, large de quatre plelhres.On y sejourna trois jours. Les soupfonsreciproques des Grecs et des Barbaress’y accrurent. 11 ne parut pas cepen-dant qu’on se lendit aucune embüche.Clearque resolut de s’aboucher avecTissapherne pour detruire, s’il le pou-vait, ces soupsons avant qu’ils dögö-

nerassent en une guerre ouverte. IIenvoya dire au satrape qu’il desiraitconfereravec lui. Tissapherne reponditqu’il etait pret ä le recevoir; et quandils se virent, Clearque lui tint ce dis—cours :

21. «Je me souviens, Tissapherne,des sermens que nous nous sommesfaits, et de la foi que nous nous sommesdonnee, de ne nous point attaquer.Vous n’en ötes pas moins en garde con-tre nous, et vous nous considerez en-corc comme ennemis. Nous l’aperce-vons tous, et par cette raison nous nousgardons de möme. J’ai beau cherchercependant, je ne puis decouvrir quevous ayez tentö de nous nuire, et je suiscertain que les Grecs ne forment aucunprojet contre vous. Voilä pourquoi j’aidesire que nous nous abouchassions,alin que, s’il est possible, nous anean-tissions cette defiance mutuelle. Car j’aivu que souvent des hommes, ou prö-tant l’oreille a la calomnie, ou se li-vrant ä des soupgons, ont congu lesuns des autres une crainte mal fondee,et qu’aimant mieux prevenir l’injureque la souffrir, ils ont cause des mauxsans remede ä ceux qui ne leur vou-laient, qui ne leur auraient jamais faitaucun mal. Je pense qu’une explica-tion est ce qui dissipe le mieux de telsmalentendus, et je suis venu dans ledessein de vous prouver que vous n’a-vez pas raison de vous defier de nous.Nos sermens, dont les dieux sont te-moins (et c’est pour moi la premiereet la plus importante consideration),nos sermens, dis-je, nous interdisenttoute inimitie. Je ne pourrais regardercomme heureux un mortel ä qui saconscience reprocherait de s’etre jouödes dieux; car si l’on est en guerre aveceux, quelle fuite rapide peut nous sous-traire a leur poursuite? quelles tene-bres peuvent nous cacher ä leurs yeux?