Band 
Tome premier.
Seite
564
JPEG-Download
 

S64

XtiNOPIION.

c’est pour executer ce projet que nousavons marche jusqu’ici. »

21. On resla tout le jour au bivouacsur Ie rivage de la mer, pres du port.Le lieu qu’on nomme port de Calpe estsilue dans la Thrace asiatique. CelleThrace est sur la droite des navigaleursqui entrent dansle Pont-Euxin, et s’e-tend du Bosphore jusqu’au (erritoired’Heraclee. Pour aller de Bvzance ücelte ville, un long jour suffit aux ga-leres qui ne se servenl que de leursrames. On ne trouve entre deux aucuneville grecque, ni alliee des Grecs. Toutle pays est habite par les Thraces oupar les Bithyniens. On dit que les Grecsqui echouent sur leur cote, ou qui tom-bent par quelque autre accidenl entreleurs mains, essuient loules sories d’ou-trages et eprouvent la cruaute de cespeuples. Le port de Calpe est ä moitiechemin d’Heraclee ä Byzance pour lesnavigateurs. Un promonloire s’y avanceau milieu desflols; lecöle qui terminevers la pleine mer est un rocher ä picqui n’a pas moins de vingt orgyes dehaut dans l’endroit oü il est le moinseleve. Un isthme de quatre plelhres delargeur tout au plus joint ce promon-toire ä la terre, et l’espace renfermeentre la mer et ce passage etroit pour-rait conlenir une ville peuplee de dixmille habitans. Le bassin du port estsous le rocher meme; du cöte de l’ouest,un autre rivage l’environne; une sourceabondante d’eau douce sort de terrepres de la mer, et, dominee par le pro-montoire, depend de ceux qui l’occu-pent. Les bords memes de la mer four-niraient une grande quantite de beauxbois de construction, et une infinited’autres bois garnissent le pays. Lamontagne,qui prend naissanceau port,s’etend , dans l’interieurdesterres, jus-qu’ä vingt stades envnon : c’est un ter-roir decouvert et ferlilc, oü l’on ne

trouve point de pierres; mais le cote dumont qui borde le rivage, dans l’es-pace de plus de vingt stades, offreuneforet louffue d’arbres de toute espece etfort eleves. Le reste du pays est beau,d’une vaste etendue et couvert d’ungrand nombre de villages qui sont tres-peuples; car le sol y rapporte de l’orge,du froment, toutes sortes de legumes,du panis, du sesame, et quantitd defigues; beaucoup de vignes y donnentd’excellens vins; enfin il y croit desplantes de toute espece, si ce n’est desoliviers. Tels etaienl les environs deCalpe.

22. Les soldats se baraquerent le longde la cote, loin de vouloir aborder unlieu propre ä fonder une ville. Ils crai-gnaient meme de n’elre venus oü ils setrouvaient que par les mauvais desseinsde ceux qui projetaient de le faire;car ce n’etait point la misere qui avaitengage la plupart des soldats ä vcnirrece^oir la paye de Cyrus, mais l’opi-nion que, d’apres la renommee, ilsavaient conr'ue de la generosite de ceprince. Les uns avaient entraine ä leursuite des dissipateurs ruines; d’autress’etaient derobes ä leurs peres et ä leursmeres. Il y en avait qui avaient aban-donne leurs enfans avec le projet de re-venir un jour au sein de leurs familleset d’y rapporter les richesses qu’ils au-raient acquises; car ils avaient entendudire que d’autres elrangers faisaient for-tune ä la suite de Cyrus. Des liommesanimes par de tels motifs desiraientdonc tous de revoir leur patrie et d’yarriver sains et saufs.

23. Le lendemain de la reunion de tousles Grecs, des que le jourparut, Xeno-phon immola des victimes aux dieuxpour savoir s’il ferait sortir l’armee ducamp. Il elait necessaire d’aller chercherdes vivres, et ce general projelaitausside donner Ja sepulture aux morts. Les