LA CYROPflDIE. - LIV. I.
les peuples ses tiibulaires, Cresus, roide Lydie, le roi de Cappadoce, les ha-bilans des deux Phrygies, les Cariens,les Paphlagoniens, les Indiens, lesCi-liciens. 11 les chargeait de repandre demauvaises impressions contre les Medeset les Perses, de representer que cesdeux nations nombreuses et puissaniesetant amies et unies par des mariagesreciproques, il etait ä craindre qu’ellesne parvinssent, si on ne les prevenait,ä teaser les autres en les atlaquanl suc-cessivcment. Tous seliguerentaveclui,Jesunsentraines parces considerations,d’autres seduits par les presens et l’ordu roi d’Assyrie, prince assez riebepour prodiguer Tun et l’autre. Des queCyaxare , fds d’Astyage, fut informedes desseins et des preparatifs de la li-gue, il ne negligea rien, de son cöte,pour se meltre en defense. II ddputavers les Perses et vers le roi Cambyseson beau-frere, avec ordre expres devoir Cyrus et de le prier, si les Persesdonnaient des troupes aux Medes, d’ensoliieiter le commandement.
Cyrus, apres avoir passe dix ans dansla classe des adolescens, etait entre danscelle des hommes faits. Il fut elu, parles senateurs, general des troupes quidevaient aller en Medie; emploi qu’ilaccepta.Onlui permit des’associerdeuxCents homotimes, dont chacun eut laliberte de s’adjoindre quatre autres ci-toyens du meme rang; ce qui forma lenombre de mille. Il fut permis de plusä chacun des mille homotimes de choi-sirdansla classe inferieure dix peltastes,dix frondeurs et dix archers, ce qui fai-saiten tout dix mille archers, dix millepeltastes et dix mille frondeurs, noncompris les mille homotimes.
Telle etait l’armee confiee ä Cyrus.Des qu’il eut eie nomme, son premiersentiment fut pour lesdieux. Il sacrifiasous d’heureux auspices, et prit ensuite
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ses deuxcentshomotimes, qui choisirentä leur tour quatre de Ieurs pareils. Puisles ayant assembles tous, il leur tintce discours :
« Mes amis, ce n’est pas d’aujour-d’hui que je vous connais. Je vousai choisis, parce que je vous ai vus,depuis votre enfance, aussi constansä observer ce qui est regarde cheznous comme honnete que fideles ävous abstenir de ce qui ne Test pas.Yous allez apprendre par quels molifsj’ai accepte le commandement, et pour-quoi je vous assemble ici. Je sais quenos ancStres nous valaient bien, qu’au-cune vertu ne leur etait et miniere;mais je ne puis voir quel bien en a re-sulte soit pour eux, soit pour la repu-blique. Il me semble neanmoins qu’onne pratique la vertu que pour jouird’un meilleur sort que ceux qui la ne-gligent. Celui qui se prive d’un plaisirprdsent ne le fait pas dans le desseinde n’en goüter jamais aucun; c’esl aucontraire afin de se preparer, par celleprivation meme, des jouissances plusvives pour un autre temps. Celui quiambitionne de briller dans la carrierede l’eloquence n’a pas pour but deharanguer sans cesse; il espere qu’enacquerant le don de la persuasion ilsera un jour utile ä la societe. Il en estde meme de celui qui se devoue au me-lier des armes : ce n’est pas pour com-battre sans reläche qu’il se livre ä depenibles exercices; il se flaue que, de-venu habile guerrier, il partagera avecsa patrie la gloire, les honneurs et laprosperite qui couronneront ses talensmilitaires. Si parmi ces hommes il s’entrouvait qui, apres de longs travaux,eussent ete prevenus par la vieiliessc,sans avoir su lirer aucun prolit de leurspeines, je les comparerais ä un labou-reur qui, jaloux de sa profession, sc-merait et planterait avec le plus grand