LA CYROPÄDIE. — LIY. II.
dient, si le ciel seconde notre entreprise,ou de traiter tout le monde egalement,ou de regier les distinclions sur le me-rite. — Pourquoi, reprit Chrysante, aulieu de discuter ne pas declarer simple-menl votre volonte? N’avez-vous pas,seul et de votre propre mouvement,etabli des prix? — Par Jupiter! ce n’eslpas ici la meine chose : les soldats,persuades que le commandement est ämoi par droit de naissance, peuvembien ne pas me trouver injuste dans ladistribulion des grades; mais ils regar-deront, je pense, les fruits de notreexpedition comme un bien qui leur ap-partient aulant qu’ä moi. — Croyez-vous, repartit Chrysante, que lestrou-pes assemblees opinent pour l’inegalitedu partage, qui donne aux plus bravesles honneurs et le butin ? — Je le crois,et parce que vous appuierez cet avis, etparce qu’il serait honteux de soutenirle contraire et de ne vouloir pas quecelui qui a le mieux servi soit le mieuxrecompense. Je pense que les plus lä-ches memes jugeront utile cette distinc-tion en faveur des plus braves. »
C’etait particulieremeut pour les ho-motimes que Cyrus desirait faire passerce regiement. 11 savait qu’ils redouble-raientd’ardeur quand ils s’attendraientä fitre juges sur leurs actions et recom-penses suivanl leur merile; et commeles homotimes ne craignaient rien tantque d’Stre confondus, par 1’egalite dutraitement, avec les simples soldats, ilcrut ä propos de metlre sur-le-champl’aflfaire en deliberation. Tousceuxquielaient dans sa tente furent du memeavis, et l’on convint qu’il seraitappuyepar quiconque se piquait de bravoure.Sur cela, un des taxiarques dit en sou-riant : « Je connais un soldat qui nemanquera pas de dire que les partagesne doivent point ötre egaux. — Qui est-ce?» demanda quelqu’un. « C’est un
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soldat de ma compagnie qui veut entoute occasion avoir plus que ses cama-rades.—Yeut-il avoir aussi plus de pariau travail? » demanda un aulre. « Nonpas, dit le taxiarque; j’avoue que jem’etais irompe. 11 permet, avec beau-coup de complaisance, ä qui le veut,de prendre plus de part que lui au tra-vail et ä la fatigue. — Je pense, ditCyrus, que pour avoir un corps detroupes excellent et bien discipline, ilfaut reformer tous ceux qui lui ressem-bleraient; car je remarque que les sol-dats vont d’ordinaire comme on lesmene; et si les gens vertueux tächent deporter au bien leurs compagnons, lesmechans les entrainent au mal. Ceux-ci meme ne reussissent que trop souventä grossir leur parli. Seconde de la vo-lupte, le vice marchant dans des routesfleuries seduit la multitude, tandis quedans ses sentiers escarpes la vertu n’arien d’attrayant, surtout lorsque despervers l’invitent ä suivre une pentedouce et facile. Si doncparmi nos sol-dats il s r en trouve qui ne soient quemous et paresseux, je les assimile ä desfrelons qui consomment en pure perteune parlie des vivres; mais ceux quietant mous au travail exigenl impudem-ment un bon salaire sont d’un perni-cieux exemple. Comme leur perversiteest souvent heureuse, il en faut absolu-ment purger l’armee. N’examinez pas sivous aurez des soldats perses pourcom-pleter vos compagnies. Quand vousavez besoin de chevaux, vous cherchezles meilleurs, sans vous informer s’ilssont de votre pays: choisissez de meme,chez les autres nations, les hommesqui vous parailronl les plus propres ävous fortifier et ä vous faire honneur.Pour demontier par des exemples l’a-vantage de celle pratique, voyez uncliar : altele de chevaux pesans, il n’aqu’une marche Jente, et sa marche sera